Au sein du panthéon du punk millénial, les Menzingers occupent une place bien à eux : celle de poètes des « dive bars ». Depuis vingt ans, le quatuor originaire de Pennsylvanie — Tom May, Greg Barnett, Eric Keen et Joe Godino — déploie des hymnes à la bière tiède et aux lendemains embrumés, parfaitement à mi-chemin entre l’urgence d’un punk de garage et la sagesse grisonnante d’un rock venu des plaines.
Après nous avoir offert cette trilogie légendaire devenue la bande-son d’une génération — On the Impossible Past (2012), Rented World (2014) et After the Party (2017) — le groupe s’est confronté au défi complexe de la transition vers la maturité. Avec leur nouvel album, Everything I Ever Saw, les Menzingers tentent de poursuivre cette exploration du passage à l’âge adulte, en conservant cette patte « heartland rock » à la Springsteen qu’ils ont su si bien intégrer à leur ADN pub-punk.
L’album s’ouvre sur « Chance Encounters », une pièce solide et entraînante où l’on retrouve cette hargne caractéristique du groupe. Barnett y esquisse le montage flou de son adolescence avec une urgence palpable, porté par une instrumentation rigoureuse et une conviction vocale toujours intacte. C’est un démarrage qui séduit par son aplomb, rappelant aux auditeurs pourquoi ce groupe a su bâtir une communauté si fidèle.
Sur la plage titulaire, « Everything I Ever Saw », une forme de lucidité s’installe. Quand Barnett chante « Born with a bad memory / What a fatal flaw », il nous invite à une introspection différente, loin de la fièvre des fêtes de jeunesse qui caractérisait leurs premières années. Si le groupe prend ici une distance nécessaire avec sa zone de confort nostalgique, il le fait avec une volonté manifeste de renouveler son regard sur le monde qui l’entoure.
Everything I Ever Saw réaffirme la place des Menzingers dans le paysage actuel. Si leur écriture a évolué, troquant parfois le détail cru pour une atmosphère plus diffuse, le groupe parvient à maintenir cette sincérité brute qui a fait sa renommée. Les quatre comparses de Pennsylvanie continuent de tracer leur route, prouvant que, même après deux décennies, ils possèdent toujours cette flamme indispensable pour transformer les petites histoires du quotidien en autant d’hymnes à partager, une guitare à la main.
Une étape de plus donc pour un groupe qui n’a jamais dévié de sa trajectoire humaine, imparfaite et fièrement rock.