Written by • 10h00• Chroniques

Julia Jacklin : une pépite folk-rock lumineuse et intimiste entre force et vulnérabilité.

Il y a toujours eu une forme d’inquiétude vibrante sous les mélodies rock, chaleureuses et déliées, de Julia Jacklin. Depuis ses débuts, ses textes ressemblent à des confessions murmurées dans le creux d’une chambre, où ses personnages oscillent entre l’effondrement face aux détails du quotidien et le besoin viscéral de se reconstruire. Après l’asphyxie amoureuse de Crushing et les douces injonctions à l’apaisement de Pre Pleasure, son nouvel album, The Gem, marque une étape décisive dans une discographie déjà riche en pépites.

Julia Jacklin - Get Away From Me (I Think I'll Love You Soon) - Visualiser (vidéo YouTube)

Jacklin conserve cette habitude de mâcher une idée jusqu’à ce qu’elle révèle sa texture brute, confrontant sans relâche les tourments de l’esprit aux évidences du cœur. Dans le morceau-titre, elle scande des mantras nerveux — « Get away from me, I think I’ll love you soon » — avec cette sincérité désarmante qui est devenue sa marque de fabrique. Sur « The Hardest Thing », elle dissèque avec une précision chirurgicale l’épuisement qui accompagne la remise en question des sentiments : « The hardest thing to do is to believe it when I say I love you ».

Pourtant, à l’écoute de The Gem, un changement de paradigme s’opère. Si les arrangements demeurent fidèles à ce rock organique et spacieux qui sert de cocon à ses analyses tranchantes, l’autrice semble ici lâcher prise. Elle laisse place à une forme d’abandon, accueillant l’idée que tout ne peut pas être contrôlé. L’apparition récurrente de figures divines — Dieu et les Anges — agit comme un levier métaphorique. Sur « God, Sometimes », portée par une mélodie psychédélique, elle chante : « You have to be a God sometimes / Force the moment to change », une invitation poétique à sortir de ses propres obsessions.

L’apogée de cette introspection se trouve sur « If I Had the Hand of God ». Évoquant la rugosité narrative d’un classique comme Car Wheels On A Gravel Road de Lucinda Williams, le morceau déploie un groove de bar-band fatigué pour mieux souligner l’impuissance. Ici, le divin devient l’ultime recours face à ce que Jacklin ne parvient pas à accomplir par elle-même : savoir appeler son père, soutenir un proche en plein doute, ou accepter de lâcher prise sur sa propre trajectoire.

L’album s’ouvre et se referme sur une image d’une grande justesse : l’artiste, debout dans son jardin, tentant de garder son calme tandis qu’elle observe son voisin manger une pêche au-dessus de l’évier. Cette distance, presque cinématographique, montre une Julia Jacklin qui, pour la première fois, se cadre non plus seulement au cœur du tumulte, mais comme une observatrice perdue dans un paysage plus vaste. The Gem est le disque d’une artiste qui, tout en restant fidèle à sa plume acérée et sensible, accepte enfin de ne plus être le seul moteur de sa destinée.

Last modified: 29 septembre, 2026
↑
Close