Written by 13h05 Chroniques

Nick Hakim : L’odyssée psychédélique de « I Can See »

Avec I Can See, son quatrième album studio, Nick Hakim poursuit cette exploration fascinante à la frontière des genres qui a fait sa renommée depuis son premier EP en 2014, Where Will We Go. Fidèle à sa signature artistique — ce mélange singulier de rock psychédélique aux teintes sépia et de néo-soul moderne héritée de l’ère Soulquarians —, l’artiste nous propose ici une œuvre qui joue sur la texture et le ressenti, bien loin des structures pop conventionnelles.

Aux côtés de son collaborateur de longue date Andrew Sarlo, Hakim s’attache à la matérialité du son. Dès les premières notes, un souffle de cassette analogique enveloppe l’auditeur, créant une atmosphère cotonneuse et organique. On y entend le craquement du bois d’un piano, le grondement profond d’une onde en dents de scie ; chaque élément semble avoir été choisi pour sa densité sonore. Cette approche, teintée d’une influence assumée des minimalistes Steve Reich et Terry Riley, place I Can See dans une posture de néo-soul minimaliste où la répétition devient hypnotique.

Le disque révèle ses richesses à celui qui sait tendre l’oreille. Si l’ensemble semble à première vue homogène, une écoute attentive dévoile une tension subtile, nichée dans les détails de la production. Les morceaux se déploient avec une fluidité déconcertante, ancrés dans un tempo modéré qui laisse la place au groove. On retiendra particulièrement l’élégance du riff d’« Endlessly Waiting », où piano et synthétiseurs s’entrelacent dans un dialogue serré, ou encore le swoosh de basse synthétique qui vient bousculer la sérénité du refrain sur « The Reason ».

L’un des sommets de l’album se trouve peut-être dans les derniers instants de « Soft Wet Clay ». Alors que le morceau semble suivre une linéarité apaisante, une accélération soudaine, presque nerveuse, vient briser la torpeur, nous offrant un aperçu d’une énergie brute et exaltante. C’est dans ces moments de bascule que Nick Hakim excelle, rappelant sa capacité à transformer un morceau en une expérience vivante, à mi-chemin entre l’humain et la machine.

Artiste caméléon — ayant collaboré aussi bien avec Adrianne Lenker qu’avec le saxophoniste jazz Roy Nathanson ou été samplé par T-Pain — Nick Hakim confirme avec I Can See qu’il ne cherche pas la démonstration technique, mais la création d’un environnement sonore immersif. C’est un disque qui s’écoute comme on contemple un paysage au crépuscule : un voyage introspectif où le processus prime sur la destination, invitant l’auditeur à se perdre dans les replis texturés d’une production d’une rare élégance.

Close