Written by 12h21 Chroniques

Willow : Dans les méandres du Thread

« J’ai l’impression d’atteindre le point où j’aime enfin vraiment la musique que je crée », confiait récemment Willow au New York Times. « Avant, j’avais l’impression de tâtonner dans le noir. »

Ce que l’artiste décrit comme un tâtonnement ressemble en réalité à une trajectoire fulgurante. À seulement 25 ans, elle affiche déjà neuf albums au compteur et deux nominations aux Grammy Awards. Plus qu’une autrice-compositrice, Willow s’est imposée comme une multi-instrumentiste accomplie, capable de porter ses compositions sur ses propres épaules. Après l’audacieux petal rock black — où piano, guitare et batterie s’entrelaçaient dans une fusion art-pop et jazz entourée de pointures comme George Clinton ou Kamasi Washington — son nouvel album, The Thread, vient confirmer cette mue artistique.

Loin d’être une simple énième mue, The Thread est la suite logique d’une quête d’immersion. Dès l’ouverture sur « She’s My Religion », la dextérité vocale de Willow saute aux oreilles. Passant d’un soprano aérien à un vibrato tenor vibrant, elle sculpte une « chanson d’amour à la mère cosmique », portée par des chœurs rappelant les techniques de respiration profonde. Cette évolution vers une assurance vocale accrue et une résonance plus profonde trouve son apogée sur « Unconditional » : portée par une instrumentation acoustique complexe et des percussions éphémères, elle y livre une interprétation tout en douceur et en falsetto.

L’un des moments forts du disque, « Crush on Eternity » (co-écrit et co-joué avec la musicienne brooklynoise Mei Semones), offre la preuve la plus concrète de la méthodologie rigoureuse de Willow. Le titre bifurque dans des directions aussi surprenantes que captivantes, mêlant harmonies saisissantes, jeu de guitare staccato et envolées vocales aux accents jazz. C’est une porte d’entrée idéale dans l’univers parfois ésotérique de l’artiste : « I’ve kissed desire and called it grace / Holding hands with time and space », chante-t-elle avec une justesse désarmante.

La force de The Thread réside dans sa cohérence interne. Le mélange des genres, marque de fabrique de Willow, semble ici trouver une structure plus harmonieuse. Que ce soit à travers l’énergie punk et les batteries glitchy de « Tall Baby » ou le jeu entre le scat et le refrain R&B langoureux de « Hell to Pay », l’album témoigne d’un véritable savoir-faire de compositrice.

Si certaines envolées lyriques sur The Thread s’égarent parfois haut dans les nuages, privilégiant une virtuosité technique qui peut masquer la simplicité brute qui fait le sel de ses meilleurs morceaux, le disque n’en reste pas moins un témoignage fascinant. Plus qu’un aboutissement, il s’agit d’un instantané vibrant du processus créatif de Willow, rappelant, s’il le fallait encore, l’immense promesse de cette musicienne en constante mutation.

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