Written by 12h20 Chroniques

Roy Montgomery & Martha Skye Murphy : L’odyssée spectrale de « Nebular »

L’alchimie entre l’avant-pop londonienne de Martha Skye Murphy et l’architecture sonore du guitariste expérimental Roy Montgomery ne doit rien au hasard. Après une première collaboration remarquée sur l’album Um, où Montgomery faisait résonner le moteur de sa Chrysler 1968 comme un écho lointain, le duo franchit une étape décisive avec Nebular.

Ce premier long format, conçu par un échange de fichiers transcontinental au cœur de la nuit, s’apparente à une série de cartes postales sonores envoyées à travers un crépuscule interminable. Fruit d’une passion partagée pour les enregistreurs multipistes Tascam, le disque déploie ce que Murphy définit comme une « langue des signes sonore », un mur d’ambiances saisissant où le silence est aussi éloquent que le son.

Si l’héritage de Roy Montgomery est immense — du premier single du label Flying Nun en 1981 à ses collaborations mémorables avec Grouper — Nebular explore une facette inédite de son jeu. Ici, sa guitare est poussée vers des sommets maximalistes par les impulsions théâtrales de Murphy. Le résultat est une musique qui ne se construit pas tant qu’elle ne se délie ; elle s’offre comme un dévoilement émotionnel brut où les strates de guitares hypnotiques rencontrent une voix aux accents éthérés, rappelant parfois la grâce d’Elizabeth Fraser.

L’ouverture, « At Dawn », donne le ton : le chant glossolalique de Murphy transperce les drones de Montgomery dans un crescendo fiévreux. Le titre ne progresse pas, il s’expanse, transformant l’accumulation d’idées en un tourbillon sonore. Au fil des morceaux, Murphy délaisse les structures lyriques au profit d’une intuition pure, laissant sa voix se transformer en un gémissement presque extraterrestre, porté par des effets de bande magnétique.

Nebular est une œuvre qui exige de l’auditeur une forme de patience contemplative. Le voyage culmine avec les 17 minutes hypnotiques de « The Play of Light and Dark », un raga vibrant, lacéré par des cordes acérées, tandis que « Satellites Against the Milky Way » offre une révélation saisissante via une ligne de clavier émergeant du brouillard.

En refusant toute contrainte géographique ou formelle, Montgomery et Murphy font corps pour explorer l’infini. Les accords grattés et les bourdonnements flous du premier se dissolvent dans les textures vocales tourmentées de la seconde, effaçant les frontières entre les deux musiciens. En fin de compte, Nebular n’est pas seulement un album ; c’est une rencontre hors du temps, une odyssée céleste où, quand le réel s’efface, il ne reste plus que l’immensité.

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