Avec son nouvel album Blue Island, Ravyn Lenae opère une mue fascinante. Si son premier opus, HYPNOS (2022), avait révélé une artiste capable de naviguer entre l’héritage R&B et les textures électroniques oniriques façon Little Dragon, ce nouveau chapitre marque un affranchissement. En baptisant le disque du nom de sa ville natale dans l’Illinois, Lenae affirme un ancrage personnel fort, tout en se délestant des attentes et du poids des étiquettes qui l’ont longtemps contrainte.
Le résultat est une œuvre en pleine expansion, portée par une ambition communicative. Fidèle à sa collaboration avec le producteur DJ Dahi, Lenae explore ici un spectre sonore plus organique et lumineux. Avec l’apport précieux du multi-instrumentiste Ely Rise et du guitariste Flanafi, les arrangements infusés d’influences eighties évitent le piège du simple pastiche pour se concentrer sur une dynamique organique, où chaque instrument semble dialoguer avec la voix magnétique de l’artiste.
Dès l’ouverture avec « Handle », le ton est donné : Lenae y déploie une énergie pleine, presque rock, convoquant une fougue à la Cyndi Lauper sur des riffs de guitare électrique incisifs. Ce grain de voix si particulier — capable de passer d’un murmure feutré à des envolées aériennes — devient l’instrument central de cette exploration. Sur le morceau « In & Out », elle repousse les limites techniques de sa tessiture, étirant ses lignes mélodiques sur trois registres différents avec une aisance déconcertante. Cette fluidité vocale se retrouve sur « Never Let Me Go », où Lenae semble chanter en duo avec elle-même, alternant entre graves profonds et éclats cristallins.
Au-delà de la prouesse technique, Blue Island capture un moment de lâcher-prise salutaire. Comme elle le chante avec douceur sur « Wish You Well » : « In the unusual I am finding peace/I’m letting go now ». Si l’on devine encore une forme de vigilance dans son écriture, le disque témoigne d’une artiste en pleine possession de ses moyens, qui puise avec respect dans les ascendances de ses aînées — de Minnie Riperton à Diana Ross — pour tracer sa propre route.
Blue Island est une invitation au voyage élégante et audacieuse. En s’éloignant des carcans pour embrasser une palette allant de la pop pure à des grooves plus cotonneux, Ravyn Lenae prouve qu’elle ne cherche plus à prouver, mais simplement à exister. Et à l’écoute de ces arrangements soignés et de ces performances vocales habitées, force est de constater qu’elle a trouvé, ici, un équilibre des plus séduisants.