Written by 12h01 Chroniques

Omari Lyseight : L’onde de choc numérique

L’évolution de Surf Gang Records tient du fascinant. Ce qui n’était au départ qu’un épicentre créatif pour les producteurs evilgiane, Harrison, Eera et leurs acolytes — désireux d’imprimer leur marque sur les mutations alors émergentes de la drill new-yorkaise — est devenu un réseau tentaculaire, embrassant aussi bien les hautes sphères du hip-hop que les expérimentations les plus brutes de SoundCloud.

C’est dans cet esprit d’ouverture radicale que s’inscrit Digital, le premier album d’Omari Lyseight publié sous cette bannière. Figure prolifique de la scène sud-londonienne, fondateur de Trackout Records et architecte sonore pour les Ammi Boyz, Lyseight œuvre depuis 2016 à faire tomber les cloisons entre grime, funky house et textures abstraites. Avec Digital, il s’extrait de l’ombre pour porter au sommet cette fusion audacieuse qu’il peaufine depuis des années : un rap mélodique imprégné d’électro-pop, à la fois sophistiqué et viscéral.

Si l’on retrouve sur ce disque l’ADN de Surf Gang — cette science des rythmiques glitchy, des samples minimalistes et des nappes de synthés étirées comme une évidence —, Omari Lyseight fait preuve d’une ambition rare dans le traitement de ses arrangements. Là où d’autres privilégient l’épure, Lyseight flirte avec le maximalisme. Le morceau « Detonate the Fuse », co-produit avec .cutspace et gyo, en est la preuve éclatante : entre ses basses grondantes et ses stridences métalliques, il crée un chaos parfaitement orchestré sur lequel Jadasea évolue avec une aisance déconcertante.

Le sommet du disque, « East End », illustre parfaitement cette science du contraste. Porté par des 808 cinglantes, quasi percussives, le titre offre un terreau idéal pour le flow électrique de 454. C’est cette clarté sonore qui frappe tout au long de l’écoute : chaque texture, chaque distorsion est pensée pour servir la profondeur du mix, laissant respirer les voix dans un écrin de pureté.

L’album brille également par sa capacité à varier les atmosphères sans jamais perdre de sa cohérence. Le rugueux « Square », aux confins de la trap et du rage, pousse Earl Sweatshirt dans ses retranchements pour une prestation aussi incisive que mémorable. À l’opposé, « On Point », avec la contribution vocale aérienne de Caynes, vient épouser la luminosité cristalline de « High », où l’invité Cletus Strap apporte une décontraction mélodieuse bienvenue.

Avec Digital, Omari Lyseight ne se contente pas de suivre le mouvement : il propose une vision décloisonnée de la musique actuelle, où les styles fusionnent pour créer de nouvelles palettes chromatiques. Un disque indispensable pour quiconque cherche à comprendre où se situe aujourd’hui la frontière entre l’avant-garde et le futur du rap.

Close