Il est facile de s’attacher à Rachel Chinouriri. À travers son second album, i think i spoke too soon, la jeune artiste londonienne confirme qu’elle possède ce don rare : celui de transformer les tourments de la vie de jeune femme en une comédie dramatique musicale aussi sincère qu’effervescente. Si son premier effort en 2024 naviguait avec adresse entre l’alt-rock et la pop britannique, cette nouvelle livraison gagne en épaisseur et en brillance, confirmant une signature vocale polymorphe, capable de passer d’un falsetto aérien à un croon bluesy en une fraction de seconde.

Dès les premières écoutes, l’album révèle une production nettement plus léchée. Si cette recherche de perfection sonore peut par moments éclipser le caractère brut et viscéral de ses débuts — à l’image d’un démarrage un peu trop sage avec « One song away from crying » et « Pretty Girls » —, le disque trouve rapidement sa véritable vitesse de croisière. Une fois le cap passé, Chinouriri libère tout son potentiel, créant une sorte de bande-son romantique idéale, où les textures synthétiques se mêlent avec audace à des boucles de violons et des percussions percutantes.
Le cœur de l’album est une réussite totale où l’artiste assume pleinement son rôle de narratrice espiègle, tour à tour éprise et désorientée. Sur « Favourite desperation », elle offre l’un des sommets de l’album : portée par des guitares saturées qui rappellent l’héritage des Pixies, elle capture avec une justesse désarmante l’absurdité de l’infatuation. Le morceau est une mise en abyme brillante, à la fois sur le sentiment amoureux et sur l’art de concevoir un grand morceau pop.
Il faut également saluer l’efficacité redoutable de « Broken chair », une pépite prête pour les clubs qui s’inscrit dans la lignée des hymnes mélancoliques de notre époque. En faisant écho à son premier album, elle interroge avec lucidité le prix de la notoriété et la gestion des débordements personnels sous le regard du public.
Rachel Chinouriri possède cette intelligence conversationnelle qui rend ses chansons aussi proches d’une confidence entre amis que d’un tube radiophonique. Avec i think i spoke too soon, elle prouve qu’elle sait infuser sa personnalité pétillante dans des structures pop sophistiquées, sans jamais perdre de vue ce qui fait battre le cœur de sa musique : une honnêteté sans filtre, capable de transcender les tendances éphémères pour toucher à quelque chose de plus durable. Une confirmation talentueuse.
Last modified: 16 octobre, 2026












