Parfois, un disque est un secret bien gardé. D’autres fois, il devient un miroir dans lequel chacun projette sa propre interprétation. C’est cette philosophie qui semble dicter le travail de Stone Filipczak et Victoria Rose. Au sein du duo philadelphien, la compréhension mutuelle est si profonde qu’elle se passe d’explications : les deux musiciens ne cherchent pas toujours à décoder le sens profond des chansons de l’autre, laissant les non-dits nourrir l’alchimie de leur création.
Autosmile, leur second album, se présente comme la retransmission sonore de cette intimité organique. Leur folk psychédélique et bricolé s’écoute comme une confidence saisie au vol, une sensation similaire à celle de regarder défiler un paysage à travers la vitre d’un train ou de surprendre des bribes de conversations dans un langage codé.
L’univers narratif du duo est volontairement insaisissable. Si l’on tente de disséquer leurs textes, on se retrouve face à un puzzle kaléidoscopique : des oiseaux tombés du nid, les figures bibliques de Caïn et Abel en plein labeur sur Judgment Farmer, ou des plaques minéralogiques étranges comme ce « 222 PSYCHO » aperçu sur Love in the Dark. C’est une écriture où chaque image semble fragmentée, rappelant l’effort vain de raconter à un ami le souvenir flou d’un rêve lointain.
Pourtant, malgré cette aura éthérée et mystérieuse, Autosmile déploie une musique étonnamment solide et ancrée. Il y a une familiarité troublante dans ces compositions : on jurerait que Earthly Love est un classique oublié exhumé des archives du collectif Elephant 6, tandis que I Know You Are (But What Am I Thinking?) flirte avec l’esthétique déstructurée de Sung Tongs. À l’écoute, on se laisse surprendre à deviner des accordages ouverts rappelant les textures boisées de Yellow House de Grizzly Bear.
La grande force de ce disque réside précisément dans ce paradoxe : réussir à paraître profondément étrange tout en sonnant comme un lieu familier que l’on aurait toujours habité. Autosmile est un album “habité”, une œuvre sensorielle dont la véritable puissance ne réside pas dans ce qu’elle explique, mais dans la manière dont elle nous fait nous sentir.
Last modified: 16 octobre, 2026












