Written by 20h04 Chroniques

Ween : Le Grand Pari Country — 12 Golden Country Greats (Réédition Deluxe)

À sa sortie en 1996, 12 Golden Country Greats a pu être perçu par beaucoup comme une ultime facétie de la part de Ween. Après avoir dérouté le public avec l’imparable et loufoque « Push th’ Little Daisies » et avoir prouvé avec Chocolate and Cheese qu’ils n’étaient pas qu’un simple groupe à blagues, Aaron Freeman (Gene Ween) et Mickey Melchiondo (Dean Ween) semblaient vouloir brouiller toutes les pistes avec ce virage country radical. Pourtant, avec le recul, cette édition deluxe marquant le 30e anniversaire de l’album confirme ce que les vrais fans savaient déjà : Ween ne plaisantait pas, ou du moins, ils prenaient leur sérieux avec une exigence artistique totale.

Pour mener à bien ce projet, le duo a fait appel à Ben Vaughn, vétéran de la scène roots-rock, avec une stratégie limpide : transformer Ween en purs interprètes. Conformément à la tradition instaurée par les grands producteurs comme Chet Atkins pour Willie Nelson, Freeman et Melchiondo se sont concentrés exclusivement sur le chant, laissant les arrangements aux légendes du Nashville A-Team.

Le résultat est fascinant. Aller enregistrer au mythique studio Bradley’s Barn avec des pointures du genre, dont le pianiste légendaire Hargus « Pig » Robbins, a créé une alchimie inédite. Loin d’être intimidés par le répertoire, parfois cru, du duo, ces musiciens de studio ont embrassé le projet avec un enthousiasme communicatif. Si des morceaux comme « Piss Up a Rope » ou le Western Swing débridé « Mister Richard Smoker » maintiennent la signature potache et irrévérencieuse de Ween, l’album révèle surtout une maîtrise impressionnante des codes du genre.

La production évolue avec une aisance déconcertante entre le countrypolitan sophistiqué et les effluves folks progressifs de la fin des années 60. Sur « I’m Holding You », les harmonies vocales des Jordanaires — compagnons de route historiques d’Elvis Presley — apportent une profondeur et une mélancolie imparables. De même, « You Were the Fool » distille cette douceur résonante qui n’est pas sans rappeler les plus belles heures de Glen Campbell.

Bien sûr, l’esprit « Ween » reste omniprésent. On retrouve ce mélange unique de dérision et de songwriting brillant sur « Help Me Scrape the Mucus Off My Brain » ou à travers l’intro monumentale de « Powder Blue ». Cette nouvelle édition est une plongée indispensable dans un disque qui, trente ans plus tard, ne craint plus l’étiquette de « blague ». 12 Golden Country Greats n’était pas un canular, c’était un hommage vibrant, exécuté par deux esprits libres ayant eu l’intelligence de s’entourer des meilleurs. Un incontournable pour quiconque souhaite comprendre la versatilité immense de Ween.

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