Written by 12h07 Chroniques

Cheekface : Podium – L’art de la dérision au sommet du sarcasme indie

Il arrive parfois qu’un groupe sorte de sa zone de confort — ou comme disent les jeunes, « brise le confinement » — pour se retrouver propulsé sous une lumière qu’il n’avait pas forcément cherchée. C’est ce qui est arrivé cette année à Cheekface, trio originaire de Los Angeles. Après sept ans à produire un indie rock décalé pour une communauté de fans dévoués, les « Cheek freaks », le groupe a connu une ascension médiatique fulgurante, portée autant par leur intégrité politique que par des algorithmes imprévisibles.

Mais ne vous y trompez pas : malgré l’agitation, Cheekface reste fidèle à son essence. Avec l’arrivée de leur sixième album, Podium, le groupe confirme qu’il est possible de concilier conscience politique et esprit potache. Si certains auditeurs espéraient découvrir un groupe de protest-song classique, ils ont sans doute été surpris par cette approche « dork-rock » unique, où l’anxiété et le cynisme moderne sont disséqués avec une ironie mordante.

Podium est, selon les mots du leader Greg Katz, un disque qui « fait face à ce qui se passe dans notre monde malade ». Pourtant, loin de chercher la solennité, le groupe s’inscrit dans la lignée irrévérencieuse du pop-punk ou du ska contestataire des années 2000. C’est politique, c’est frontal, mais c’est surtout terriblement intelligent et drôle. Prenez le morceau « Black Site », un titre paranoïaque et percutant qui dénonce l’utilisation de la musique comme outil de torture, tout en nous faisant fredonner le refrain. C’est là toute la force de Cheekface : transformer l’absurde en une arme de résistance.

Sur cette nouvelle galette, le trio affine ses mélodies tout en augmentant la tension sociopolitique. Le morceau « Discrete », porté par un saxophone musclé, illustre parfaitement ce mélange : une indignation contre l’ICE (les services d’immigration américains) qui vire à l’ironie noire via un narrateur distordu affirmant apprécier la brutalité.

Greg Katz excelle dans l’art du bon mot, enchaînant les punchlines absurdes et l’autodérision cinglante. Qu’il s’agisse de se plaindre de ne plus savoir où acheter du savon après avoir boycotté tout le système dans « Black Site », ou de retourner l’expression consacrée « vivre sans loyer dans la tête » pour en faire un trait d’esprit sur le coût de la vie dans le sarcastique et enjoué « Rent Is Down », le frontman manie le langage comme personne.

Podium est la preuve qu’il n’est pas nécessaire de se prendre trop au sérieux pour dire des choses essentielles. Dans un monde qui semble dérailler, l’humour absurde de Cheekface devient leur meilleur mécanisme de défense — et assurément notre meilleur antidote à la morosité. Un disque indispensable pour ceux qui aiment que leur rock soit aussi piquant que lucide.

Close