Written by 12h05 Chroniques

The Cure – Mixed Up : Quand Robert Smith faisait danser les ténèbres sur le dancefloor

Il est rare qu’un groupe parvienne à dominer la scène mondiale tout en cherchant désespérément à fuir la lumière. À l’aube des années 90, c’est pourtant la tension paradoxale dans laquelle se trouve The Cure. Après le succès colossal de l’album Disintegration et une tournée titanesque — qui les vit remplir des stades aussi vastes que le Dodger Stadium aux côtés des Pixies et de Love and Rockets —, Robert Smith se sent prisonnier de son image. Pour le monde extérieur, il est le prophète du désespoir, une figure quasi spectrale errant dans un palais de décadence. Pourtant, cette lecture ne reflète qu’une facette, bien trop étroite, de la réalité créative du groupe.

Mixed Up, paru en 1990, n’est pas seulement une collection de remixes ; c’est un acte de résistance. À une époque où le groupe est étiqueté « rock gothique » par une presse qui se délecte de ses complaintes, Robert Smith veut secouer le cocon. Lassé d’être comparé au spleen permanent d’autres formations britanniques, il souhaite rappeler une vérité essentielle : The Cure est une entité dynamique, capable de passer de la noirceur introspective à une exubérance pop totalement décomplexée.

Sur ce disque, la remise en question est totale. Smith, que certains journalistes de l’époque surnommaient « Cap’n Bob » avec une pointe d’ironie, profite de l’exercice pour dynamiter les certitudes du public. L’énergie de titres comme « Hot Hot Hot!!! » — véritable incursion post-disco — ou la relecture dansante de « Just Like Heaven » rappellent que le groupe possède une palette bien plus large que le simple « wallowing » (se complaire dans la peine) qui lui est alors systématiquement attribué.

Si les ballades du groupe, à l’image de « Lovesong », restent ancrées dans une tendresse mélancolique propre à Smith, Mixed Up parvient à extraire ces compositions de leur écrin habituel pour les plonger dans le bouillonnement des clubs et des nouvelles explorations sonores de l’époque.

Mixed Up est une étape charnière, le moment où The Cure a refusé de se laisser enfermer par sa propre légende. C’est le témoignage d’un groupe qui refuse de stagner et qui prouve, avec beaucoup d’audace, que même derrière le masque du « prince des ténèbres », bat le cœur d’un musicien fondamentalement curieux. En explorant ces textures électroniques et ces rythmiques retravaillées, le groupe ne se contente pas de dépoussiérer ses classiques : il affirme sa volonté de rester libre, imprévisible et, par-dessus tout, vivant.

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