Avec 20 titres au compteur, The Outlaw Cherie Lee & Other Western Tales n’est pas seulement un album : c’est une épopée. Shaboozey, propulsé au sommet des charts en 2024 avec l’irrésistible « A Bar Song (Tipsy) » et ses collaborations remarquées sur l’album Cowboy Carter de Beyoncé, profite ici de sa nouvelle liberté créative pour brouiller les pistes. Loin de se reposer sur ses lauriers, il nous livre une œuvre qui défile nerveusement, telle une saison entière de Yellowstone compressée en une heure intense.
Musicalement, l’ambition est colossale. Si Shaboozey ne cache pas son amour pour The Wall de Pink Floyd, l’imagerie convoquée ici se rapproche davantage de l’esthétique poussiéreuse de Red Dead Redemption ou de la tension cinématographique d’un film de Tarantino. Le récit suit une figure féminine vengeresse, déchirée par une romance impossible avec un hors-la-loi. Pour donner corps à cette fresque, il s’entoure d’un casting de haut vol : Teyana Taylor apporte sa profondeur, Sam Elliott prête son timbre iconique, et Jamie Foxx insuffle une urgence presque mystique.
L’album ose le grand écart. D’un côté, Shaboozey tente des clins d’œil malins aux hits qui ont façonné sa culture hip-hop : le percutant « High Noon », en featuring avec Gunna, rappelle l’efficacité redoutable de Yung Joc, tandis que « Cowgirl » assume son héritage de « bar song » avec un beat stomp-clap taillé pour les stades.
Pourtant, c’est lorsqu’il laisse tomber les artifices que Shaboozey touche le plus juste. Sur « Drunk », il embrasse l’héritage d’un John Prine avec une sensibilité touchante. C’est une ode à l’amour perdu et à la solitude, portée par un refrain d’une évidence absolue : »If I’m dying, I wanna die drunk ». Il s’inscrit ici dans une tradition country authentique, celle qui préfère la sincérité du texte à la sophistication sonore.
Le disque s’achève sur une note magistrale avec la reprise du standard américain « Streets of Laredo », accompagnée par le baryton Orville Peck. Ce moment suspendu souligne l’ambition réelle de l’artiste : ne pas seulement créer un tube éphémère, mais s’inscrire durablement dans la grande tradition orale de la musique américaine. Shaboozey prouve par ce projet qu’il est bien plus qu’un phénomène de playlist ; il est un conteur, un explorateur de genres et, surtout, un musicien qui n’a pas peur de prendre des risques pour raconter son Ouest à lui.