Written by 12h11 Chroniques

Chinook : Mallory Hawk souffle un vent rock sauvage sur nos platines

Après des années passées dans l’ombre bienveillante de la scène indépendante — entre ses rôles de bassiste pour les Irlandaises de M(h)aol, ses expériences au sein de Customer ou Trace Mountains, et son travail en coulisses chez Double Double Whammy — Mallory Hawk sort enfin de sa réserve. Avec Chinook, son premier album solo, l’artiste ne se contente pas de nous offrir un disque : elle propose une synthèse magistrale de son parcours, une œuvre qui navigue entre épuisement créatif et exultation musicale pure.

Dès l’ouverture avec le cathartique « The Mirror », on comprend que Hawk maîtrise son sujet. Chinook est un disque qui respire l’expérience, celle d’une musicienne qui a appris à dompter les textures sonores avec une facilité déconcertante. L’album est une traversée des genres portée par cette voix expressive qui sert de fil conducteur à une architecture volontairement éclectique.

On passe ainsi du dance-punk hérité des grandes heures de Gang of Four sur « D’Anger » aux accents garage rock rageurs de « Caretaker », où Hawk laisse exploser une férocité punk salvatrice. Plus surprenant encore, elle puise dans ses obsessions pour la darkwave russe sur l’impeccable « Superhighway », tout en sachant revenir à une douceur indie-folk — héritage de Kathleen Edwards ou Sheryl Crow — sur le titre « Revolver ». Cette versatilité fait toute la force de l’album : jamais le changement de direction ne semble forcé, tout coule de source.

Mais Chinook est aussi une œuvre profondément enracinée. En revenant à Fayetteville, en Caroline du Nord, pour façonner ce disque, Mallory Hawk a puisé dans ses racines militaires — le titre de l’album fait d’ailleurs référence au bruit des hélicoptères omniprésents dans son enfance. Cette nostalgie géographique se traduit par une subtile touche country, notamment sur le poignant « Rotten Man », chronique familiale sur l’addiction, et sur « Low Rise », où elle aborde avec une lucidité mélancolique une adolescence marquée par le poids d’une éducation religieuse restrictive.

Ce qui frappe surtout, c’est cette honnêteté brute qui transparaît à chaque note. Chinook capture cette lassitude propre à ceux qui font de leur passion un métier. De la servitude évoquée dans « D’Anger » à la solitude contemplative qui finit par envelopper les derniers morceaux comme « Felicity », le disque explore le contrecoup du rêve musical. Si la fin de l’album se fait plus sombre et introspective, elle marque surtout une forme de mise à nu, un arrêt sur image nécessaire après la tornade sonore du début.

Mallory Hawk signe ici un premier album ambitieux, dense et magnifiquement abouti. Chinook n’est pas seulement un recueil de chansons, c’est le manifeste d’une artiste qui, après avoir longtemps construit les projets des autres, s’est enfin offert le luxe d’une identité totale, complexe et profondément humaine. Un incontournable pour ceux qui aiment le rock qui porte des cicatrices.

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