Quinze ans après leur dernier effort studio, le retour de Parts & Labor est bien plus qu’une simple parenthèse nostalgique : c’est une détonation. Avec Set of All Sets, Dan Friel et BJ Warshaw, les architectes de cette institution du noise-rock new-yorkais, prouvent que le temps n’a eu aucune emprise sur leur ferveur créative.
Nés d’une rencontre à la mythique Knitting Factory au tournant du millénaire, Parts & Labor a toujours occupé une place à part dans la scène underground de Manhattan. Là où leurs contemporains — des Yeah Yeah Yeahs à LCD Soundsystem — embrassaient la lumière, le duo a toujours préféré creuser le sillon d’un avant-garde radical, nourri par le free jazz et une urgence punk viscérale.
Set of All Sets ne cherche pas l’apaisement. Au contraire, l’album agit comme une synthèse magistrale de leur discographie. On y retrouve à la fois la propulsion hystérique de Stay Afraid et Mapmaker, tout en bénéficiant de la maturité compositionnelle acquise sur Receivers et Constant Future. Le tour de force est rythmique : la rencontre derrière les fûts de Christopher Weingarten et Joe Wong crée une dynamique rare, où les grooves sont constamment bousculés par des détours imprévisibles.
Sur les 17 titres qui composent ce disque, le groupe joue avec les contrastes : les riffs de guitare se transforment en murs de saturation, les mélodies s’effilochent en souffles électroniques, et chaque morceau devient une expérience texturale. « Many Worlds », avec ses huit minutes au compteur, en est la preuve éclatante. Le morceau refuse de choisir son camp, oscillant entre assaut noise, groove motorik et fulgurances de psychédélisme électronique.
La maîtrise du groupe devient flagrante sur « Indecision Tree ». Sous une plume moins experte, le morceau pourrait s’effondrer ; ici, chaque minute apporte une mutation subtile, un jeu de miroirs entre électroniques bourdonnantes et guitares vibrantes. Cette architecture complexe se retrouve sur le volcanique « Seamripper », où synthétiseurs et guitares hurlantes se disputent les mêmes fréquences dans une fusion maîtrisée.
Cependant, la vraie surprise de cet opus réside dans la place laissée à des structures plus mélodiques. « Like They’re Here to Stay » propose un refrain à gorge déployée, une pièce presque anthémique où les synthétiseurs en cloche percent au travers d’une nappe saturée. Le titre éponyme, quant à lui, s’apparente à un hymne post-hardcore, porté par une mélodie solennelle et des paroles cryptiques sur l’immédiateté : « There is no time / Like the ere tomorrow / Pseudoprime / ’Til we find the aught to follow ».
Avec Set of All Sets, Parts & Labor ne se contente pas de dépoussiérer le passé. Ils démontrent, avec une fougue intacte, que leur machine est aujourd’hui plus chaude, plus bruyante et plus fascinante que jamais. Un retour essentiel qui rappelle pourquoi ils demeurent l’un des piliers les plus audacieux du rock indépendant.