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Untitled (Halo) : l’abîme sonore et hypnotique de Jawny en pleine mutation émotionnelle

Il règne, au sein de la scène actuelle, une fascination pour cette esthétique du détachement, portée par des formations qui semblent préférer le malaise à la virtuosité. En marge de cette tendance, le quatuor originaire de Los Angeles, untitled (halo), s’est imposé comme l’un des représentants les plus intrigants de cette nébuleuse, captivant autant par leur imagerie floue que par leur approche fragmentée du son.

Sur scène, l’alchimie opère avec une intensité palpable. Mené par la basse et le chant d’Ariana Mamnoon, soutenu par le duo de guitares de Jack Dione et Nicholas Noneman et les textures apportées par Jay Are aux CDJ, le groupe déploie une énergie brute. Leur mélange de shoegaze et de trip-hop, lorsqu’il est poussé à plein volume, réussit à transcender le simple exercice de style pour devenir une expérience immersive. Des morceaux comme « el prado freestyle », « limewire » ou « emo is good » prennent alors une dimension nouvelle, où le chaos sonore finit par faire sens.

Cependant, le passage au format album pour leur première parution chez Dirty Hit révèle un contraste saisissant avec leur fougue scénique. Si les EPs précédents laissaient entrevoir une promesse, ce long format peine à traduire cette urgence en une œuvre cohérente.

Le disque, bien qu’il semble vouloir explorer les profondeurs de la catharsis et du désenchantement, reste parfois en surface. Là où l’on espérait une plongée dans une introspection mélancolique, l’auditeur fait face à une suite de titres qui, malgré une production léchée et une atmosphère « smoggy » bien installée, peinent à capturer l’étincelle qui rend le groupe si fascinant en live. On oscille entre une volonté de traduire un état émotionnel brut et une forme de pose esthétique, laissant l’album dans un entre-deux frustrant.

untitled (halo) possède indéniablement une identité forte et une esthétique visuelle et sonore qui leur appartient. Reste à espérer que, pour leurs prochaines sorties, le groupe réussira à insuffler au studio cette vitalité électrique qui, lorsqu’elle est maîtrisée, fait d’eux l’un des projets les plus singuliers de notre époque.

Last modified: 6 novembre, 2026
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