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Pixel In A Box : L’art de dompter le chaos, pixel après pixel

Pixel In A Box : L’art de dompter le chaos, pixel après pixel

Après huit années passées sur les plus grandes scènes européennes aux côtés de Peter Kingsbery au sein de Cock Robin, Coralie Vuillemin et Didier Strub auraient pu choisir la facilité. Au lieu de cela, le duo alsacien a fait le pari du vertige : revenir à deux, faire rugir les machines et affronter l’écriture en français sans concession.

Avec Pixel In A Box, ils bâtissent bien plus que des morceaux : une véritable fresque sonore et visuelle pensée comme une série en trois temps. Après l’énergie brute et incandescente de l’EP Rouge (s1:ep1), ils dévoilaient récemment le volet Vert (s1:ep2), plus introspectif, organique et cinématographique, en attendant de boucler la boucle chromatique. Entre textures industrielles à la Nine Inch Nails, silences habités et pop ciselée, nous avons discuté à cœur ouvert avec le groupe. Processus de création, passage à la trentaine, rigueur de studio et ambitions scéniques : plongée dans les coulisses d’un projet qui sait trouver la beauté au milieu du tumulte.

1. Le concept de la série / pixel RVB

Vous avez pensé Pixel In A Box comme une série : `s1:ep1` Rouge, `s1:ep2` Vert, et le Bleu pour 2026. D’où vient cette idée de trilogie chromatique ? Pour vous, le « pixel », ce sont simplement les trois couleurs RVB, ou est-ce aussi une métaphore de votre façon de raconter des histoires — pixel après pixel ?

Cette idée de trilogie est venue suite à une réflexion sur notre stratégie de sortie de nos morceaux. Au début nous pensions réaliser un album complet mais au vu du marché et des modes de consommations actuels qui privilégient les formats courts et réguliers, nous avons préféré décliner nos sorties à travers des EP. C’est là que nous avons pensé à les diviser en 3 volets aux couleurs du pixel dont nous portons le nom, et où nous pourrions présenter des facettes différentes de notre univers à travers ces 3 énergies. Ce processus nous permet aussi de nous laisser des temps de maturation entre les sorties, à la fois pour nous mais aussi pour les chansons.

Le pixel représente beaucoup de choses pour nous, déjà par notre côté geek d’enfants des années 1990, mais ce mot prend aussi un autre sens à l’heure actuelle où nous devenons de plus en plus des datas plutôt que des individus.

2. Après Cock Robin

Huit ans aux côtés de Peter Kingsbery dans Cock Robin (2015-2023), les scènes européennes, la rigueur d’une grosse machine… Qu’est-ce que cette expérience vous a appris que vous réutilisez aujourd’hui ? Et, à l’inverse, qu’avez-vous dû désapprendre pour revenir à votre ADN à deux ?

L’aventure Cock Robin nous a déjà appris énormément de choses, notamment sur la performance musicale, l’interprétation, l’écriture. Se poser des questions sur notre posture émotionnelle dans chaque chanson, sur quelle fréquence on se branche, et comment on agence les éléments musicaux pour servir les histoires qu’on raconte. C’est la raison pour laquelle nous écrivons en français dans Pixel In A Box. Nos expériences de co-écriture avec Peter Kingsbery nous ont clairement fait voir que même si on a un niveau très bon en anglais, il n’y a qu’avec notre langue maternelle où on peut vraiment jouer avec le sens et le rythme des mots le plus loin possible.

Cette expérience a aussi renforcé notre approche cinématographique des morceaux, car comme nous, Peter envisage ses chansons comme des scénarios, où chaque instrument a un rôle, comme un personnage à part entière de l’histoire qui est en train de se dérouler.

Ensuite, nous avons aussi appris à ne pas avoir peur de nous tromper, d’essayer des choses même si elles semblent bêtes, nous remettre constamment en question, tout détruire et parfois tomber sur des choses totalement inattendues mais superbes !

Par contre après ça il nous a fallu retrouver une certaine forme d’innocence, de naturel, et de relâchement, travailler sans nous mettre trop de pression et retrouver cette forme de plaisir qu’on avait quand on était des ados inconscients et qu’on pouvait passer des heures sur nos instruments à juste kiffer même quand c’était très mauvais…

3. Rouge vs Vert en production

Sur Bandcamp, vous décrivez `s1:ep1` comme incandescent et rebelle, et `s1:ep2` comme plus dépouillé, où « la force résiderait dans une fragilité assumée ». Concrètement, comment cette évolution s’est-elle traduite en studio ? Moins de couches ? Plus de place à la batterie organique de Didier face aux synthés atmosphériques ? Batterie vs machines : qui gagne sur le Vert ?

Le 1er EP était volontairement énergique, on voulait démarrer avec cet ADN rock qui nous anime tous les deux, c’était vraiment une pulsion de nouveau départ. Cet EP a été très maîtrisé dans sa conception, on était à ce moment-là assez nerveux et c’est cette énergie qui s’est déchargée à travers ce volet rouge. 

Le 2e EP a été complètement différent dans son processus de création, dans le sens où on a plus laissé les chansons se faire d’elles-mêmes. Au lieu de chercher à les forcer à rentrer dans des arrangements qu’on voulait absolument réaliser (Minuit Deux par exemple est restée longtemps dans la poubelle avant qu’on accepte son atmosphère planante et qu’on trouve les cordes à la Massive Attack), on s’est beaucoup plus laissé porter par l’ambiance qui se dégageait de chacune d’entre elles. Il y a bien plus de relâchement dans l’EP vert, c’est vrai qu’on y a mis plus de simplicité, et moins de couches. Entre batterie et machines, pour nous les deux ne sont pas en compétition mais se complètent.

4. « Jane », la chanson-prénom

Dans `Jane`, vous abordez de façon très frontale et intime le passage à la trentaine et certaines injonctions qui l’accompagnent : « Trente ans dans nos veines », « ces ventres qui restent plats », « depuis quand l’heure tourne à l’envers »… Comment écrit-on un morceau comme celui-là à deux sans tomber dans le pathos ? Et quels retours du public vous ont le plus marqués ?

Ce morceau s’est écrit assez facilement, avec une certaine dose de colère mais à chaque fois on essaie toujours de garder un horizon positif quelque part, qui arrive pour Jane à la fin du pont “si aujourd’hui comme hier, on regardait la lumière plutôt que les cadrans”. Même si le message est frontal parce qu’il vient d’expériences frontales et violentes, le but est de trouver un terrain de rassemblement plutôt que de guerre. C’est comme ça qu’on essaie de ne pas tomber dans le pathos, que ça soit pour des morceaux rebelles ou tristes, en dédramatisant toujours à un moment donné, avec un clin d’oeil, une dérision, n’importe quoi. 

Nous avons été très touchés par les tous premiers retours à la sortie de Jane, où beaucoup de femmes nous ont dit “merci, ce morceau c’est moi”. C’est vraiment touchant de voir qu’on a su exprimer quelque chose de commun à beaucoup de personnes.

5. « Bye Bye » et l’amitié

Dans `Bye Bye`, vous filez la métaphore du jet lag amical — « un goût de jet lag dans les verres de nos retrouvailles », « mes amarres reviendront toujours près de toi ». Le clip de Marc Linnhoff vous met également en scène au pied d’un avion. Pourquoi avoir choisi cet imaginaire du départ et des retrouvailles pour parler d’amitié à l’épreuve du temps ?

Cet imaginaire du voyage a été littéralement le point de départ de ce morceau : retrouver de vieux amis après nos années de tournées, et se rendre compte que ça nous prenait un certain temps de réajustement car chacun avait changé, avancé dans sa trajectoire. Pour le coup l’univers de Bye Bye a été construit au pied de la lettre !

6. Le diptyque « Le Bruit / Le Silence »

Au cœur de `s1:ep1`, vous placez `Le Bruit`, une minute ambient et anxiogène, qui bascule dans `Le Silence`, une ballade piano très épurée. Était-ce pensé comme une sorte de manifeste au milieu de l’EP ? Et ce besoin de faire taire les mots — « je laisserai le silence te parler » — que dit-il de votre rapport à l’écriture ?

Oui, avec “Le Silence”, on a voulu imposer un vide qui contrastait avec toute l’agitation de l’EP, et dire que tout est né pour Pixel quand tout s’est arrêté dans nos vies professionnelles. S’il n’y avait pas eu ce vide, rien de tout ça n’aurait eu la place pour arriver. Par extension, dans notre rapport à l’écriture, on voulait parler de ce néant dans lequel on retourne à chaque fois qu’on commence à écrire un nouveau morceau. C’est difficile pour nous d’être face à la page blanche, pas parce qu’on est en panne d’idées, mais parce qu’il faut accepter de repartir encore de zéro, d’oublier ce sur quoi on veut inconsciemment se formater, et de vraiment s’écouter pour savoir où on a envie d’aller, sans se juger. Et l’énergie de la ballade amène vraiment à cette détente nécessaire !

7. Le français sur du NIN / Massive Attack

Vous revendiquez Nine Inch Nails et Massive Attack d’un côté, Superbus et Zazie de l’autre. Chanter en français sur des productions industrielles et abrasives est un vrai parti pris : la langue peut vite se faire écraser. Pourquoi le français s’est-il imposé comme une évidence ? Et comment travaillez-vous pour que votre voix reste au-dessus de la mêlée sans pour autant adoucir les machines ?

La langue n’est jamais un problème et ne devrait jamais l’être. Ça nous demande énormément d’essais et de réflexion pour trouver le rythme et le phrasé qui sonne, parfois on écrit des textes qu’on adore mais qui ne sonnent pas bien du tout chantés. Il faut alors trouver des façons de garder l’essence de ce qu’on veut dire mais en le tournant pour que musicalement les mots sonnent comme les autres instruments, avec des sonorités et des rythmes qui collent dans le tableau. Au-delà du vocabulaire et des tournures de mots qu’on peut se permettre, ce côté inflexions / accents toniques est une contrainte qu’on ne peut maîtriser qu’en français car c’est un paramètre qu’on va tout de suite savoir s’il fonctionne ou pas car on l’a dans le sang. En anglais, même si on parle très bien la langue, on n’a pas ces sensations et on va placer les mots de manière très maladroite, on s’en est très vite rendus compte dans Cock Robin. L’anglais pour nous est illusoire, car on pense bien faire, plein de détails nous échappent, ce qui nous donne l’impression de plus grande facilité dans l’écriture, mais malheureusement ce n’est pas du tout le cas… Donc on accepte que l’utilisation du français demande énormément d’efforts et de travail, mais en même temps c’est tellement amusant ! On a encore beaucoup à apprendre mais c’est quelque chose qui nous enrichit vraiment.

Le travail de ma voix est également très long, je passe des heures seule en studio à faire beaucoup de prises, à trouver la bonne texture de voix, pour me rendre compte que ce que je voulais faire naturellement n’est pas du tout adapté au contexte, alors je me force à essayer des choses pas intuitives du tout. Il faut mettre son ego de côté, ne pas vouloir prouver quoi que ce soit ou faire de démonstration de chant mais se mettre réellement au service de la chanson. Et là je découvre qu’un phrasé, ou une intention vers lesquels je ne serais jamais allée amènent tout à coup un vrai sens à ce qui est en train de se passer. J’adore cette phase parfois pas productive du tout, mais qui me pousse à toujours garder beaucoup de souplesse et qui m’apprend énormément de choses. C’est sans doute l’ensemble de tout ça qui permet que la voix trouve sa place dans des arrangements rock au milieu des machines.

8. Le Vert : espoir, ombres et influences cinématiques

Sur `s1:ep2`, vous opposez des hymnes à l’espoir comme `Lui Seul` et `Silhouette Dans Le Désert` — « il suffirait d’une main tendue » — à des ballades plus retenues comme `Ferme Les Yeux` et `Minuit Deux`. Vous parlez des lumières et des ombres vertes du renouveau. Vous évoquez aussi de nouvelles influences cinématiques, notamment Woodkid, et des BO de jeux vidéo comme `Machinarium` : où peut-on les entendre le plus précisément dans l’EP ?

On peut entendre ces références dès le début, avec l’instrumental “Mars”, et un peu tout du long, dans les sonorités mais aussi l’espace. Woodkid a des chansons qui donnent des sensations de grands espaces, avec beaucoup de respirations. On a un peu plus cette sensation dans le 2e EP par rapport au premier. Quant à Machinarium, la référence est plutôt dans des petits détails sonores, des choix de textures ou de mixs, par exemple au début de “Ferme les Yeux” ou avec les sons de boîte à musique dans “Minuit Deux”.

9. À quatre mains autour des machines

Vous dites travailler « à quatre mains autour de vos machines », et chaque titre semble pensé comme un scénario. Concrètement, comment se répartit la création entre vous ? L’un apporte-t-il davantage le texte, l’autre le son, ou les rôles bougent-ils en permanence ? Et l’image — clips, lyrics videos, live sessions — intervient-elle après la musique ou fait-elle partie du processus dès le départ ?

Le travail de création se fait en ping pong constamment entre nous. Souvent Coralie arrive avec une bribe, par exemple un couplet-refrain, ou Didier avec une loop instrumentale. On se fait écouter nos idées et l’autre rebondit sur ce qu’il a entendu pour avancer dessus, proposer une piste et ainsi de suite. Les arrangements se font parfois en même temps mais souvent vont vraiment évoluer vers la fin de l’écriture, et il n’est pas impossible qu’ils changent toute la face du titre quand l’un de nous décide de tout détruire pour proposer une autre ambiance (ça a été le cas sur “C’est comme ça” dans s1:ep1, qui était un titre au départ très planant, et puis un jour Didier a tout accéléré, a mis une partie de batterie plus “up” et c’est ce qui nous a permis d’écrire le refrain qu’on ne trouvait pas)

Quelques fois on se retrouve ensemble pour travailler sur certains éléments, mais c’est plus rare. Coralie écrit les textes mais pour le reste les rôles sont très partagés. 

Pour ce qui est de l’image, on part plutôt comme si on avait un univers flou au loin dont les contours vont se préciser au fur et à mesure qu’on avance dans le titre. Au départ on a toujours un climat, une ambiance en tête, qui nous aide à trouver une direction, et qui parfois change pendant la création, mais qui finit par se traduire en images plus précises vers un clip ou un autre support.

10. SACEM, live et le Bleu

Premier lauréat en région de l’Accélérateur de projets SACEM 2025, passages radios en France, en Suisse et en Belgique, Scène Off de la Foire aux Vins de Colmar… Le Vert est sorti le 10 octobre 2025. Pour le Bleu, qui doit clore le cycle en 2026 — avec déjà ces « draps bleus » qui apparaissent dans `Minuit Deux` — vers quoi avez-vous envie d’aller ? Boucler la trilogie avec un troisième EP ? En faire ensuite un album ? Et surtout, sous quelle forme avez-vous envie de défendre l’ensemble de ce répertoire sur scène ?

Oui on s’est amusés dans le s1:ep2 à faire des liens avec les 2 autres EP, en le démarrant avec “Mars”, l’instrumental de la planète rouge, et en le terminant avec “Minuit Deux” qui parle de notre planète bleue. Le 3e EP arrivera plutôt en 2027 car d’autres projets nous ont accaparés cette année, et nous repartons bientôt en tournée pour quelques mois avec Cock Robin. Nous allons terminer les enregistrements cet hiver pour que tout soit enfin prêt pour ce 3e volet. Même si la production de s1:ep3 a été chamboulée, nous avons beaucoup écrit en 2026 et avons de quoi jouer un set complet d’1h30, ce qui était un de nos objectifs pour la scène. Nous travaillons justement beaucoup sur la création d’un spectacle pour intégrer un aspect cinématographique à nos concerts d’ici 2028 avec une scénographie qui s’articulerait autour d’une création lumière et visuelle spécifique à notre projet. On a hâte et on espère arriver à concrétiser toutes les idées qu’on a dans la tête !!

Il n’y aura pas d’album avec ces morceaux, nous allons regrouper la trilogie d’EP dans un pack “saison 1” pour l’occasion, ce qui reviendra au même. Ce qui est sûr, c’est que nous allons continuer à écrire, et peut-être qu’un album sera un projet pour dans quelques années !

Si vous ne deviez garder qu’une image ou qu’une phrase pour définir ce qu’est Pixel In A Box aujourd’hui, ce serait quoi ?

Un fan nous a une fois définis comme “l’harmonie dans le chaos”, et on trouve que cette image nous correspond assez bien !

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Last modified: 30 octobre, 2026
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