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Papangu : L’odyssée mystique et analogique d’un Brésil retrouvé

Originaire de João Pessoa, la ville la plus à l’est de l’Amérique du Sud, Papangu s’inscrit dans cette nouvelle mouvance passionnante qui infuse les musiques extrêmes de l’identité brésilienne. Si Sepultura a ouvert la voie dans les années 90, le groupe parvient aujourd’hui à réinventer cet héritage en y injectant les nuances de la MPB (Música Popular Brasileira), privilégiant des mélodies ciselées et une science du refrain accrocheur.

Avec Celestial, le groupe franchit une étape supplémentaire. Plus lumineux et texturé que ses prédécesseurs, Holoceno (2021) et Lampião Rei (2024), ce nouvel opus joue sur des contrastes saisissants, alternant entre fulgurances pop et longues explorations psychédéliques. Le processus créatif, fruit d’un travail collectif entre le bassiste Marco Mayer, le guitariste Pedro Francisco et le claviériste Rodolfo Salgueiro, témoigne d’une profonde affection pour les fresques du rock progressif classique.

L’album s’ouvre sur « Mau-Olhados », une pièce directe de trois minutes. Sous une apparente simplicité, le morceau tisse un univers mystique, énumérant rituels et herbes protectrices pour conjurer le mauvais œil. Porté par des synthétiseurs analogiques qui distillent une tension rampante, ce titre fixe immédiatement le cap, tant sur le plan thématique que technique.

Car c’est là l’une des forces majeures de Celestial : une exigence de production radicale. L’album a été entièrement enregistré sur bande magnétique, sans l’intervention du moindre ordinateur. Ce grain vintage, organique et chaleureux, évoque l’héritage de figures tutélaires comme Ave Sangria, Hermeto Pascoal ou Lula Côrtes. Toutefois, Papangu ne se contente pas de rendre hommage ; il assombrit la palette. Sur « Calado (de Olho) », une idée de ballade psychédélique pop typique des années 70 se voit transfigurée par une instrumentation musclée, tandis que « Taxidermia » penche vers des sonorités plus proches du métal, ici sublimées par des interprétations vocales théâtrales et des envolées de claviers facétieuses.

Ce qui singularise véritablement le groupe, c’est sa plume. Leurs textes agissent comme des collages impressionnistes, peignant le portrait d’un Nord-Est brésilien au XXIe siècle où la beauté sauvage côtoie les cicatrices du quotidien — visages corrodés, épines saillantes et fleurs séchées. Sur « Fechamento de Corpo », la douceur des lignes vocales vient paradoxalement apaiser la dureté des mots, décrivant ce besoin impérieux de se protéger du tumulte du monde extérieur.

En ancrant le réalisme magique chéri par la littérature latino-américaine dans son propre langage mystique, Papangu parvient à une cohérence rare. L’album est une construction solide où les thèmes musicaux se répondent, s’intensifient, tout en laissant respirer des plages d’improvisation habitées. Dans les pièces instrumentales que sont « Bode Expiatório » et « Celeste », le groupe navigue entre les motifs et les humeurs à une vitesse folle. Parfois, on croirait entendre des musiciens ayant emprunté une machine à remonter le temps ; à d’autres moments, on sent une énergie résolument contemporaine.

Celestial est la preuve éclatante qu’il n’est nul besoin d’artifices numériques pour créer une musique riche, urgente et profondément vivante, quand l’inspiration et la maîtrise instrumentale sont portées par une telle ferveur.

Last modified: 19 août, 2026
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