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King Gizzard & the Lizard Wizard : quand le métal fusionne avec l’inconnu

Depuis plus d’une décennie, King Gizzard & the Lizard Wizard ont fait de l’exploration sonore leur marque de fabrique, s’amusant à flirter avec les codes électroniques au fil de leurs récentes mutations discographiques. Après l’expérimentation spatiale de Butterfly 3001, les textures downtempo de Made in Timeland et les odyssées électro-disco de The Silver Cord, le groupe australien franchit aujourd’hui une étape décisive avec Alien Metal. Ce nouvel opus marque leur immersion la plus totale et la plus assumée dans les sphères de l’EDM grand format.

Il serait tentant de voir ce virage comme une simple curiosité pour un groupe ayant déjà exploré le prog-metal, le jazz-rock et les microtonalités. Pourtant, la transition est limpide quand on comprend le fonctionnement démocratique du combo. Avec 28 albums en 15 ans au compteur, le groupe ne suit plus une direction unique dictée par un seul homme, mais se laisse porter par les aspirations du membre qui impulse la dynamique créative du moment. Pour Alien Metal, c’est Joey Walker qui a pris les commandes.

Connu pour ses envolées à la guitare, Walker n’est pas un novice en matière de beats : avant que King Gizzard ne devienne un phénomène mondial, il officiait au sein du duo dubstep Trumpdisco. Son retour à la programmation après la pandémie, via son projet solo Bullant, a servi de rampe de lancement pour cette fusion ambitieuse. Avec la bénédiction de Stu Mackenzie, conquis par la synthèse modulaire, l’alchimie était enfin prête.

Le résultat est une décharge d’adrénaline. Le titre d’ouverture, « Sapience », impose d’emblée une psytrance pulsante, une audace qui rappelle le chemin parcouru depuis leurs racines garage rock. L’album navigue ensuite à travers des styles variés : le nerveux et rythmé « Level 5 » emprunte aux codes de la jungle, tandis que « For the Steel » s’approprie les basses lourdes et percutantes de la Miami bass. Si la voix expressive d’Ambrose Kenny-Smith apporte une touche théâtrale, elle trouve ici un équilibre saisissant, notamment sur le morceau « Superheavy, Supercritical », où son chant se fond parfaitement dans les textures synthétiques.

La seconde moitié du disque explore des nuances plus sombres et atmosphériques. « Rapid Alpha Decay » plonge l’auditeur dans un environnement souterrain fascinant, rappelant la tension sonore d’un Ben Frost, où les structures liquides s’enchaînent et se transforment sans répit. Loin de n’être qu’un simple exercice de style, Alien Metal parvient à captiver par son extrême cohérence. Le disque remplit sa mission première : offrir une musique de danse intelligente, capable de modifier notre perception du rythme et de la texture.

Derrière cette architecture sonore, c’est le thème de l’invasion biologique et de la fusion homme-machine qui domine. À l’image de ce que Infest the Rats’ Nest avait accompli pour l’effondrement écologique, Alien Metal interroge notre futur technologique. À travers des textes comme ceux de « Rapid Alpha Decay » — « Pump my body full with lead / Feel it run through metallic » —, le groupe dépeint l’intelligence artificielle non plus comme un outil, mais comme une addiction toxique, une promesse d’autonomie qui flirte avec la subjugation du vivant.

Avec Alien Metal, King Gizzard & the Lizard Wizard ne se contentent plus de naviguer sur les eaux électroniques ; ils en redessinent les cartes, confirmant une fois de plus que leur soif d’innovation reste, aujourd’hui encore, inégalée.

Last modified: 19 août, 2026
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