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Nina Winder-Lind : l’élan brut et sauvage de Wild Love

Il y a cinquante ans, Viv Albertine, future guitariste de The Slits et de The Flowers of Romance, faisait ses premiers pas instrumentaux, portée par l’urgence brute des Sex Pistols et le souffle visionnaire de Patti Smith. Si la présence d’une femme derrière une guitare électrique n’a heureusement plus rien d’une anomalie aujourd’hui, l’écoute de Wild Love, le premier album solo de Nina Winder-Lind, nous rappelle avec force que cette liberté tient à un fil, celui d’une généalogie de battantes qu’il faut sans cesse honorer.

Membre du groupe The New Eves, basé à Brighton, l’artiste suédoise signe ici une œuvre puissante, viscérale, où l’instrument n’est plus ce symbole éculé du machisme rock, mais un trait d’union entre les générations. Sur le titre “Foremothers”, alors que sa voix se fait tour à tour tourmentée et habitée, les notes de guitare résonnent comme un hommage à celles qui, avant elle, ont forcé le passage. Winder-Lind joue comme si sa vie — et celle de ses aînées — en dépendait.

Wild Love est traversé par une gratitude débordante pour l’expérience humaine, dans ce qu’elle a de plus intense. Pour Winder-Lind, la douleur, le deuil et le chagrin ne sont pas des étapes à franchir, mais des états dans lesquels il faut s’immerger totalement. Sur “Headfirst”, elle s’exclame avec une ferveur presque douloureuse : « Thank God for all that I feel ! ». C’est là toute la force de ce disque : transformer un sentiment trop vaste à porter seule en une matière musicale libératrice. L’artiste parvient à embrasser l’héritage de ses influences pour mieux le réinventer, prouvant sa capacité rare à devenir, pour l’auditeur, ce qu’elle a elle-même trouvé dans les disques des autres.

Chaque morceau est une exploration de cette filiation artistique. Le riff de “Headfirst” semble naviguer quelque part entre l’urgence électrique de “Marquee Moon” et l’énergie brute de “Gloria”. L’ouverture de l’album, “Street Hassle”, évoque une étrange rencontre temporelle, comme une démo de Joanna Newsom qui se serait égarée sur la scène du CBGB dans les années 70. Ailleurs, les premières mesures de “Grandma and Robert De Niro” rappellent l’atmosphère spectrale d’une Nico reprenant “Lucy in the Sky With Diamonds”.

Winder-Lind ne craint pas la confrontation avec les maîtres : lorsqu’elle demande, d’une voix éraillée et nasillarde, « Si Bob Dylan avait été une femme, l’aimeriez-vous encore ? », elle souligne avec audace les doubles standards de l’industrie tout en marquant son respect profond pour le songwriter.

Wild Love est un premier opus remarquable, une œuvre où chaque accord distordu porte en lui l’écho des pionnières. Nina Winder-Lind ne se contente pas de jouer ; elle habite son instrument, offrant à ceux qui l’écoutent un refuge et une intensité dont on aurait tort de se priver.

Last modified: 3 septembre, 2026
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