L’œuvre de Lex Walton a longtemps été définie par un paradoxe fascinant : celui d’une artiste dont la musique, parfois perçue comme une énigme volontairement cryptique, servait de protection contre un environnement hostile. Avec Ultimate Love Forever, son premier album, l’armure tombe enfin. Walton délaisse les dynamiques interpersonnelles restreintes pour s’attaquer à des maux sociétaux bien plus vastes, transformant sa verve habituelle en un outil de réflexion puissant.
Après des années de sorties prolifiques et souvent confrontantes, caractérisées par un lexique numérique saturé, Walton réussit ici un tour de force : rendre son propos universel sans sacrifier son identité. Sur ce disque, sa verbosité devient une réponse directe à une époque marquée par la surveillance et l’isolement, illustrée parfaitement par ces vers : « Dressed in the uniform of the verbose / At the end of the world, so it goes. »
La production, portée en partie par Dan Boeckner (Wolf Parade), permet à Walton de déployer ses ambitions avec une clarté nouvelle. On y retrouve une forme de révérence pour l’indie rock des années 2000, magnifiée par la participation de Sarah Neufeld d’Arcade Fire, dont les arrangements de cordes apportent une profondeur harmonique saisissante, notamment sur l’avant-dernier morceau, « Adrian Borland Will Have His Revenge on London ». Ce titre, porteur de « woah-ohs » triomphants, résonne comme un cri de ralliement sincère, noyé dans une distorsion maîtrisée.
Ultimate Love Forever marque également le passage à une écriture plus dynamique. La nouvelle mouture de « I Wish I Was an M80 » en est une preuve éclatante : le morceau gagne en puissance et en relief, révélant que, sous les strates de références et la colère, Lex Walton possède un don inné pour la mélodie accrocheuse.
C’est toutefois dans le morceau final, « Ultimate Love 4Ever », que l’album atteint son sommet émotionnel. Après une introduction théâtrale presque off-Broadway, le titre bascule vers un rock pur, dénué d’artifices. C’est ici que Walton révèle son cœur battant : derrière le cynisme, il n’y a qu’une quête éperdue de connexion et une fatigue profonde face à la solitude. En chantant « I want an island of everyone I’ve ever loved », elle transforme son album en un manifeste d’espoir brut. Ultimate Love Forever n’est pas seulement un disque de rock efficace ; c’est le témoignage d’une artiste qui, ayant arrêté de se cacher derrière ses références, nous offre enfin son humanité la plus pure.
Last modified: 3 septembre, 2026












