Le Windmill de Brixton n’est pas qu’une salle de concert ; c’est un sanctuaire, une pépinière où s’est structurée une large partie du renouveau indie-rock britannique ces dernières années. Pourtant, avec leur premier album Cannonball, Man/Woman/Chainsaw ne se contente pas de suivre les traces de leurs illustres aînés. Loin de se laisser enfermer dans les codes rigides du post-punk anguleux qui a fait la réputation du lieu, ce sextette fait le choix audacieux d’une trajectoire personnelle, oscillant avec une ferveur singulière entre urgence électrique et envolées pop habitées.
Formé au sein de la prestigieuse BRIT School, le groupe déploie sur ce disque une confiance enivrante. L’instrumentation est vaste, parfois volontairement désordonnée, toujours habitée : les guitares de Billy Ward et Billy Doyle alternent entre accords de puissance bruts et digressions techniques, tandis que la basse sinueuse de Vera Leppänen, les claviers d’Emmie-Mae Avery, le violon expressif de Clio Starwood et le jeu motorik de la batteuse Lola Cherry dessinent une architecture sonore complexe et riche en textures.
Si l’on peut percevoir, par bribes, des échos de la scène londonienne sur des titres comme « Any Given Sunday » — où s’entremêlent des accents klezmer et un sprechgesang plein d’aspérités — l’album trouve sa véritable identité dans ses élans les plus mélodiques. À travers des thématiques explorant les ruptures et les zones d’ombre de la jalousie, le groupe excelle à mettre en tension une écriture intimiste, presque balladesque, avec la densité de ses arrangements.
C’est sur « Only Girl » que cette alchimie frappe le plus fort : derrière le récit d’une relation anxieuse, le piano d’Emmie-Mae Avery s’anime, tandis que le duo de guitares et les volutes de violon de Clio Starwood agissent comme autant de signaux d’alerte, transformant le morceau en une conversation collective aussi nerveuse que brillante.
Le climax de cet effort demeure sans conteste « Nosedive ». Véritable manifeste de leur esthétique hybride, le titre parvient à marier une structure minimaliste — une ligne de basse imperturbable sur laquelle s’empilent des textures de guitare cristallines et des glissandos de violon — avec un crescendo vocal puissant. Ici, le groupe saisit l’opportunité d’utiliser son imposante formation pour créer une œuvre ornée, où chaque musicien trouve l’espace nécessaire pour s’épanouir sans jamais saturer l’émotion.
Certes, le groupe explore encore ses limites, tâtant parfois des terrains plus familiers comme sur le théâtral « Goddamn, Lizard Man! ». Mais au-delà de ces quelques tâtonnements, Cannonball est la preuve éclatante d’une ambition rare. À une époque où le succès précoce peut devenir une contrainte, Man/Woman/Chainsaw réussit le tour de force de proposer une musique qui est à la fois une célébration de leur jeunesse et une exploration mature de nouvelles textures sonores. C’est un point de départ saisissant, une promesse que l’on suivra avec la plus grande attention.
Last modified: 17 août, 2026


