Written by 10h00 Chroniques

Dinosaur Jr. – Where You Been : le sommet saturé et mélodique du trio de J Mascis.

Depuis leur reformation au milieu des années 2000, les productions de Dinosaur Jr. ont souvent été marquées par une certaine forme de retenue. Si les albums post-comeback comme Farm ou I Bet on Sky avaient su faire briller le trio rock sous un jour plus léché, explorant des textures proches des années 90 et quelques accents progressifs, on sentait parfois le groupe trop soucieux de sa propre légende. Avec Sweep It Into Space en 2021, le groupe nous offrait certes un alt-rock toujours aussi efficace, mais dont les touches psychédéliques, bien que séduisantes, semblaient parfois s’éloigner de cette saine pagaille qui fait l’ADN du groupe.

Avec There Near, le tir est plus que rectifié. Dinosaur Jr. abandonne toute autosuffisance pour se replonger avec jubilation dans la fange créatrice de ses débuts. Enregistré avec les mêmes amplificateurs vintage que ceux utilisés pour leur premier album artisanal, ce nouveau disque s’impose comme le plus brut et le plus incendiaire que le groupe ait produit depuis le tournant du millénaire. Sans chercher à répliquer la crasse absolue de Bug, le groupe renoue avec une spontanéité perdue, privilégiant la mélodie pop et l’expression brute aux structures grandiloquentes.

L’alchimie est parfaite : elle repose sur ce contraste permanent entre le chant presque timide de J Mascis et la transparence sauvage de leur instrumentation. Sur « No Friends », cette dynamique atteint des sommets de désolation. Le pont du morceau est tout simplement dévastateur : les aveux de solitude de Mascis se déploient sur une ligne de guitare ascendante qui semble littéralement pleurer. Sa science du solo est ici particulièrement inventive, délaissant les démonstrations techniques pour une approche viscérale, plus proche de la chaleur d’un sous-sol sombre que d’un showroom de guitares.

L’héritage de Neil Young irrigue toujours les progressions d’accords, mais une mélancolie nouvelle s’immisce grâce à des lignes de basse descendantes sur « Everything at Once » ou « Read the Room ». Ce dernier titre, enrichi d’un flanger savamment dosé, rappelle d’ailleurs à quel point J Mascis a toujours su cultiver une affinité certaine avec l’univers texturé de The Cure.

Du côté des compositions signées Lou Barlow, « No One’s Ready » s’impose comme le moment fort. En parfaite adéquation avec l’éthique atavique du disque, le morceau, porté par une section rythmique bancale et des accords jangly, ressemble à ce qu’aurait pu donner une version alternative et psychédélique du groupe aux balbutiements de leur carrière, quelque part entre l’urgence de « Severed Lips » et une expérimentation acidulée. Si « Blowin’ Up » souffre d’un refrain un peu trop chargé, il est rapidement sauvé par une production dense, agrémentée de soubresauts de larsen et de hammer-ons funky bien sentis.

En somme, There Near est le disque d’un groupe qui a cessé de regarder dans le rétroviseur pour simplement redevenir lui-même : essentiel, imparfait et profondément humain. Une réussite éclatante qui prouve que Dinosaur Jr. n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il accepte de laisser la poussière recouvrir ses amplis.

Last modified: 29 août, 2026
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