Il y a à peine plus d’un an, Turnstile faisait paraître Never Enough. Après le raz-de-marée Glow On, le groupe de Baltimore a su transformer l’essai avec une maestria rare, enchaînant les succès – des sommets des classements radio aux prestigieuses distinctions internationales. Pourtant, loin de se reposer sur leurs lauriers, ils nous reviennent aujourd’hui avec un exercice périlleux et fascinant : l’album de relectures.
Never Enough: Versions s’inscrit dans cette lignée de disques de remixes audacieux, rejoignant ceux d’artistes majeurs de la scène actuelle. Mais ici, l’approche est différente : loin de se contenter de simples retouches électroniques froides, le groupe a réuni un casting digne d’un festival de haute voltige. On y croise aussi bien des noms familiers de l’avant-garde pop comme A.G. Cook ou Panda Bear, que des ambassadeurs locaux chers au cœur du groupe, à l’instar du dieu du club de Baltimore Rod Lee, du trompettiste Brandon Woody ou des légendes du death metal Dying Fetus.
Cette diversité stylistique confère à l’album une atmosphère de chaos créatif maîtrisé. L’écoute de bout en bout est une expérience en soi. Passer de la relecture hallucinée de « Magic Man » par Panda Bear – sorte de rencontre improbable entre Billy Joel et une boîte à rythme survitaminée – à la sauvagerie organique de « Birds » par Dying Fetus, est un grand écart réjouissant. Si les maîtres du metal bousculent les codes, ils respectent paradoxalement l’ossature originale de Turnstile, offrant une lecture brute mais cohérente.
L’un des moments les plus marquants de ce disque est sans doute la présence d’Hayley Williams sur « Ceiling ». Alors que le morceau original n’était qu’une transition éthérée, presque une esquisse, la chanteuse s’en empare pour le métamorphoser en une ballade atmosphérique, une « torch song » estivale. Là où Brendan Yates livrait une plainte mélancolique en version originale, Williams apporte une épaisseur nouvelle, transformant cette parenthèse instrumentale en un morceau à part entière, profondément humain et solaire.
De son côté, A.G. Cook, avec son approche « hyperpop », parvient à capturer l’énergie viscérale d’un breakdown hardcore tout en le réinventant via des textures numériques pulsantes. C’est là toute la réussite de Never Enough: Versions : au-delà de la simple curiosité, cet album questionne la perméabilité des genres.
En invitant des artistes venant d’horizons si vastes à se confronter à leur matière brute, Turnstile prouve que leur musique possède une élasticité exceptionnelle. C’est un disque qui ne cherche pas à remplacer l’œuvre originale, mais à en explorer les recoins, à en étirer les nuances et surtout, à célébrer le décloisonnement musical. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que les frontières entre les styles ne sont que des invitations au voyage pour un groupe qui n’a décidément peur de rien.
Last modified: 1 septembre, 2026











