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Interpol : This Mirror Weighs a Ton, l’introspection sombre en clair-obscur.

Il y a quelque chose de rassurant dans la régularité d’Interpol. Avec la précision d’une horloge, le groupe new-yorkais revient périodiquement pour nous offrir ce qu’il sait faire de mieux : un rock sombre, élégant, habité par des lignes de basse hypnotiques et ce baryton inimitable, celui de Paul Banks. Là où d’autres formations cèdent aux sirènes du changement radical ou aux expérimentations pop déconcertantes, Interpol, lui, reste viscéralement fidèle à son ADN.

This Mirror Weighs a Ton marque une étape charnière. C’est leur première sortie sous l’égide du label Partisan et, surtout, une œuvre qui intègre officiellement le bassiste de tournée Brad Truax au sein de la fratrie. Sous l’impulsion du producteur Andrew Wyatt, on nous avait promis des horizons nouveaux : cordes, bois et sound design aventureux.

Le morceau-titre, This Mirror Weighs a Ton, porte en lui cette promesse. C’est sans doute l’une des pièces les plus fascinantes composées par le groupe depuis dix ans. Avec ses boucles de batterie granuleuses, ses nappes de synthétiseurs éthérées et cette gestion magistrale du vide, le titre donne une autorité nouvelle à la voix de Banks. On y entend un homme en pleine introspection, isolé, porté par les murmures célestes de Juliet Seger-Banks. C’est un titre qui déroute autant qu’il fascine, poussant Interpol vers une architecture de “studio-pop” déstructurée.

Si le reste de l’album ne conserve pas toujours cette audace sonore, le disque n’en demeure pas moins l’un des efforts les plus aboutis de leur carrière récente. Le groupe ne cherche pas à réinventer la roue, mais il affine sa mécanique avec une efficacité redoutable. Des titres comme Enemy, véritable ballade spectrale portée par une percussion tonitruante, ou les envolées orchestrales de Bird and the Serpent, confirment que le savoir-faire mélodique reste intact.

La paranoïa nerveuse de See Out Loud et l’énergie de Wings on Fire rappellent la grande époque de El Pintor. Pour les puristes, ces morceaux sont des exemples de maîtrise, renforçant la stature de rockeurs post-punk que plus rien ne peut ébranler. On retiendra d’ailleurs, pour la petite histoire, cette scène savoureuse sur See Out Loud où Daniel Kessler délaisse temporairement son jeu de guitare si caractéristique — ce trémolo chirurgical qui fait vibrer les cœurs depuis Untitled — pour s’essayer au chant principal.

En somme, This Mirror Weighs a Ton est un album de haute tenue. Il n’est pas une révolution, mais une célébration de ce qui fait d’Interpol un monument du rock contemporain : une mélancolie sophistiquée, une rigueur formelle exemplaire et cette capacité rare à transformer l’ombre en lumière. Interpol est toujours là, égal à lui-même, et c’est précisément ce que l’on attend d’eux.

Last modified: 28 août, 2026
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