Il est assez ironique de constater qu’il aura fallu attendre le cinquième album solo de Jim James pour qu’il adote le titre Wowed Out. À lui seul, le nom semble résumer, avec une pointe d’autodérision, toute la carrière du leader de My Morning Jacket : une succession d’artifices rock classiques et d’épopées cosmiques. Pourtant, ce nouveau disque, le premier en huit ans, réussit l’exploit d’être à la fois une célébration de ses marques de fabrique et une remise en question profonde de ses propres codes.
Wowed Out puise sa source dans des archives secrètes. Conçues au début des années 2010 lors de sessions avec Brian Reitzell — batteur chez Red Kross et collaborateur régulier de Sofia Coppola — ces ébauches étaient initialement destinées à des bandes originales de films avant de rester en suspens. Lorsqu’il les a exhumées à l’automne dernier, James a trouvé dans ces fragments les clés d’une liberté créative qu’il semblait chercher depuis longtemps.
Alors que les récentes sorties de My Morning Jacket ont pu sonner comme des exercices de style respectant scrupuleusement le cahier des charges du groupe, James semble ici totalement libéré. Sur ce disque, il navigue avec une grâce singulière entre lassitude face à l’état du monde et émerveillement retrouvé. L’album est une œuvre profondément apaisée, où le mystère, qui infusait ses premières compositions, semble enfin réapparaître naturellement.
Sur le plan esthétique, l’alchimie entre folk, soul et psychédélisme demeure intacte, mais le curseur est déplacé. James confie d’ailleurs s’être inspiré de la spiritualité et du dépouillement des enregistrements d’orgue d’Alice Coltrane. Contrairement aux envolées stratosphériques habituelles qui ont fait la légende de son groupe principal, l’artiste choisit ici la retenue. Il n’y a pas de grands éclats de guitare ou de hurlements tonitruants, et c’est précisément ce qui fait la force de cet album. Des titres comme « We Love Our Life » ne cherchent jamais à conquérir les cimes, mais agissent comme des mantras envoûtants, installant une atmosphère de rêve fiévreux.
Le talent de James pour les ouvertures marquantes est toujours présent. « Baby Dear » laisse l’album glisser doucement vers nous grâce à des soupirs en couches, une guitare acoustique automnale et des synthés aussi étranges qu’aériens. Cette maîtrise se retrouve sur « Hands On », dont les arpèges électriques scintillent autour d’une mélodie d’une grande fluidité, ou encore sur « Lost Child », qui illustre parfaitement sa maturité dans l’art de fusionner ses racines rock avec une sensibilité soul épurée.
Wowed Out est un disque d’une grande acuité, qui s’écoute comme une introspection honnête. En se détachant volontairement des attentes liées à sa production habituelle, Jim James signe son travail le plus abouti et le plus touchant de la dernière décennie. Une réussite totale, portée par une voix qui, contre toute attente, ne cesse de nous surprendre.
Last modified: 28 août, 2026












