Written by 10h00 Chroniques

Kiwi Jr. : L’effervescence électrique de Blowin’ Up

Avec Blowin’ Up, leur quatrième album, Kiwi Jr. semble avoir atteint un point de rupture créatif, transformant une frustration latente en une ambition dévorante. Après un rythme effréné – trois albums en quatre ans, dont deux chez Sub Pop – le groupe canadien s’est accordé un temps de pause plus conséquent. Le résultat est palpable : chaque note, chaque riff semble ici peser son poids d’urgence.

Si l’on retrouve la marque de fabrique du quatuor — ces chansons saturées de guitares et ce débit vocal millimétré de Jeremy Gaudet, capable de loger une foule de mots dans un seul souffle — le son a radicalement mué. Kiwi Jr. s’éloigne du jangle pop traditionnel pour embrasser une esthétique plus percussive et frontale. Comme ils le clament sur le morceau-titre : « All signs point to it that pretty soon, baby/We’re about to blow up ». Une phrase qui résume parfaitement cette tension entre agacement chronique et désir d’en découdre.

Le groupe, qui a toujours flirté avec une version plus rugueuse de Pavement, gagne en épaisseur. Le morceau-titre illustre parfaitement cette évolution : une mélodie de clavier presque enfantine, digne d’un organiste de stade, finit par s’effondrer dans un break percutant et saturé. Sur « Stage Names », des guitares stridentes rappellent le hurlement d’une sirène, surplombant le récit d’un concert en appartement, tandis que « Hard Drive, Ontario » nous cueille dès les premières secondes par un feedback assourdissant.

Ce regain de nervosité doit beaucoup à une production affûtée à Détroit sous la houlette de Graham Walsh (Holy Fuck). Fini l’approche parfois trop synthétique de leur précédent disque Chopper ; ici, la production sert les textes mordants de Gaudet plutôt que de les adoucir. L’album bénéficie également d’une scène d’invités prestigieux, de figures de la scène indie du Michigan comme Fred Thomas, Joe Casey et Greg Ahee (Protomartyr), jusqu’aux touches subtiles apportées par Kerri Maclellan (Alvvays) sur « Photos of the Reenactment » ou les harmonies de Margaux Bouchaudon (En Attendant Ana) sur « World Like Polly ».

Gaudet confirme d’ailleurs son statut de chroniqueur hors pair des petites misères du quotidien. Tels des instantanés d’une vie ponctuée de références au hockey, de bars douteux et d’anecdotes culturelles, ses textes parviennent à transformer le banal en une épopée grinçante. Cependant, quelque chose a changé dans sa plume : l’affabilité des débuts laisse place à une amertume plus tranchante. Ses personnages ne sont plus de simples incurables pleins d’entrain ; ils sont désormais dépeints avec une ironie cinglante, comme le protagoniste de « World Like Polly » ou la colère manifeste derrière le « Did you lose your parlay on the fourth-quarter pick 6? » de « Hard Drive, Ontario ».

Blowin’ Up est le disque d’un groupe qui a décidé de mettre le feu aux poudres. Plus musclé, plus sombre et indéniablement plus percutant, cet album n’est pas seulement une nouvelle étape, c’est une détonation. Kiwi Jr. ne se contente plus de jouer de la pop, ils jouent leur va-tout.

Last modified: 17 août, 2026
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