L’histoire de The Durutti Column ressemble à une quête perpétuelle, une architecture fragile bâtie par Vini Reilly au fil de quatre décennies d’une carrière aussi fascinante que mystérieuse. Après des années marquées par de lourds soucis de santé et une résilience à toute épreuve suite à plusieurs accidents vasculaires cérébraux, Vini Reilly nous revient avec Renascent. Un album qui, par son existence même, tient du miracle et d’un acte de foi artistique.
Si Reilly définit depuis longtemps le son du groupe, ce nouvel opus doit beaucoup à la complicité de Bruce Mitchell, percussionniste et manager historique, et à la vision multi-instrumentiste de Keir Stewart. Ensemble, ils ont su récolter les idées, les fulgurances et les fragments musicaux que Reilly portait en lui, leur redonnant une consistance cohérente. Le travail de production a d’ailleurs quelque chose d’analogique et d’intime, avec des sessions de studio improvisées dans un van stationné devant la cuisine de Reilly durant les confinements, préservant cet esprit de solitude créative qui a toujours caractérisé l’œuvre du musicien.
Dès les premières notes de « Vapour in a Matchbox » et « Time Present and Past », on retrouve cette signature unique, un mélange subtil de minimalisme, de romantisme et d’ambiances cinématographiques qui compose une sorte de musique universelle. L’instinct de Reilly pour les harmonies improvisées, ces éclats sonores capturés instantanément, reste intact. Sur « Your Shadow at Morning », le guitariste déploie des fusées astrales et des trilles flamencos qui rappellent la grâce absolue de son chef-d’œuvre de 1989, l’album Vini Reilly.
L’album bénéficie également des interventions vocales de Caoilfhionn Rose, voisine de Reilly à Manchester. Si « Sargasso Sea » offre une élégie pure et apaisée, c’est sur « Agonistes » que la magie opère pleinement : les vocalises aériennes de Rose se marient à merveille avec les figures de guitare bondissantes et extatiques de Reilly, créant un dialogue à la fois complexe et évident. On trouve également sur ce disque un superbe nouvel arrangement de « For Belgian Friends », rappelant combien la musique du groupe est devenue une référence absolue, admirée autant par Johnny Marr que par John Frusciante, et influençant aujourd’hui des artistes bien au-delà de la scène post-punk.
Renascent est le témoignage d’une résurrection. Vini Reilly, en dépit des tempêtes traversées, réussit à insuffler une âme nouvelle à son projet légendaire. C’est un disque qui ne cherche pas la démonstration technique, mais qui capture l’essence même d’une pensée musicale sincère, flottant quelque part entre rêve et réalité. Un retour indispensable pour qui chérit cette manière si particulière d’envisager la guitare comme une peinture impressionniste.