Ever the Optimist : Quand la mélancolie se fait lumière avec les Trashcan Sinatras
Dire des Trashcan Sinatras qu’ils sont une institution de l’indie-pop écossaise ne suffit pas à rendre justice à leur longévité. Quarante ans après leurs débuts, ils reviennent avec Ever the Optimist, un septième album qui porte un titre que certains pourraient interpréter avec ironie à l’ère du cynisme ambiant. Pourtant, avec les « Trashcans », point d’artifice ni de course aux tendances. Le groupe reste fidèle à ce patrimoine pop hérité des Beatles : guitares cristallines, harmonies aériennes et ce sens inné de la tournure de phrase qui sublime chaque mélodie.
Si l’on retrouve ici l’ADN de Cake (1990), le quintet assume pleinement le temps qui a passé. Le tempo est plus apaisé, le grain des guitares a gagné en patine et l’exécution, plus fine, délaisse l’urgence juvénile des années 90 au profit d’une maturité profondément touchante. Ever the Optimist est un disque lumineux, naturel, porté par une vitalité retrouvée dès le morceau-titre, qui donne le ton : une invitation sincère à regarder du côté ensoleillé de la vie.
Ce choix délibéré d’optimisme prend aujourd’hui une résonance particulière, presque poignante, suite à la disparition tragique du guitariste et chanteur John Douglas, survenue quelques jours seulement après la sortie de l’album. L’œuvre devient alors un miroir saisissant entre la lumière et l’ombre : les chansons explorent le deuil et l’absence sans jamais sombrer, concluant sur la méditation apaisée de « Learning to Love Your Ghost ».
Le disque brille également par ses collaborations. Francis Reader y déploie toute sa subtilité, notamment sur « Bad Husband », où il croise le fer avec la voix douce de Tracyanne Campbell (Camera Obscura). Plus loin, Green Gartside de Scritti Politti rejoint Reader sur « Hold on to Today », une danse lente et rêveuse résumée par une vérité universelle : « la vie est à la fois terrible et merveilleuse ».
Ce qui rend Ever the Optimist techniquement fascinant, c’est sa cohésion quasi miraculeuse. Enregistré alors que les membres du groupe étaient séparés par l’Atlantique, le disque a été méticuleusement sculpté par le producteur Paul Savage, venu prêter main-forte après son expérience avec les Delgados. Il a su gommer les distances pour offrir un album sans couture, où l’immédiateté des émotions prime sur la logistique.
Il y a dans ces mélodies une chaleur humaine qui abolit toute séparation entre les musiciens et l’auditeur. Comme le disait John Douglas, chaque minute passée à jouer ensemble était un trésor. C’est précisément ce sentiment de fraternité et d’immédiateté qui fait de Ever the Optimist une œuvre rare, une célébration élégante et discrète qui, plus que jamais, nous rappelle le pouvoir réconfortant de la musique.