Written by 12h25 Chroniques

Cel Ray : Le grand frisson électro-rock de Cel Rayzer

Dans le paysage actuel du post-punk, où l’ironie est devenue une posture souvent convenue, le trio originaire de Chicago, Cel Ray, détonne par une authenticité rare. Avec leur premier album, Cel Rayzer, le groupe transforme ce que beaucoup tentent de singer en une expérience viscérale, drôle et furieusement actuelle.

Si Maddie Daviss s’est imposée comme une frontwoman incontournable dès les premiers EPs Cellular Raymond et Piss Park, c’est bien sur ce format long qu’elle déploie toute l’étendue de son talent. Forte d’une expérience en improvisation, Daviss ne se contente pas de chanter : elle habite ses morceaux avec une théâtralité décomplexée. Mais la grande force de Cel Rayzer réside dans l’alchimie retrouvée avec ses acolytes : le guitariste Josh Rodin, le bassiste Kevin Goggin et le batteur Alex Watson. Désormais, le groupe ne se contente plus de suivre le rythme ; il propulse l’énergie comique de la chanteuse vers de nouveaux sommets sonores.

Dès l’ouverture avec « Gotta Get Away », on est happé par une instrumentation pétillante, presque instable, qui évoque ce « soda de nouveauté » dont le groupe tire son nom. Le travail de guitare de Josh Rodin y est pour beaucoup, jouant sur des accords dissonants et audacieux — mention spéciale au frénétique « Chitty Chitty Bang Bang » ou à l’erratique « Teen (Cult) Song ». Le quatuor prouve même sa maturité sur « Snake’s Maw », une incursion rare et réussie dans des tempos plus lents, portée par un flegme stoïque saisissant.

Lyriquement, Maddie Daviss est un régal. Observatrice impitoyable de nos névroses modernes, elle manie l’autodérision avec une précision chirurgicale, comme sur l’excellent « Toxic » où elle dissèque ses propres failles. Son écriture oscille entre l’absurde — pourquoi personne ne garde de stylos sur soi ? — et une introspection plus mordante sur la vacuité de notre quotidien. « We have so much time / We have to fill this void with noise », clame-t-elle, résumant à elle seule l’essence même du projet Cel Ray.

L’apothéose est sans doute atteinte sur « Treat Economy ». Alors que Daviss exige ses friandises avec une urgence enfantine, les power chords sucrés de Rodin basculent soudainement dans la lourdeur d’un breakdown hardcore. C’est un jeu de miroir, un « bait-and-switch » parfaitement exécuté qui illustre la force de frappe collective du groupe.

Cel Rayzer est le fruit de cinq années d’une maturation patiente. C’est un album qui réussit le tour de force de capturer l’énergie brute et le chaos joyeux de leurs prestations live, tout en se révélant être une introduction solide et rafraîchissante à leur univers. Dans une scène post-punk parfois trop scolaire, Cel Ray impose son propre rythme, organique et irrésistible. Un premier album indispensable pour ceux qui aiment leur musique avec autant de panache que de fond.

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