Written by 10h00 Chroniques

Westside Cowboy : « It Goes On », quand le rock cabossé prend la poussière des grands espaces.

Depuis leur apparition sur la scène mancunienne au sortir de l’université, les membres de Westside Cowboy ont su transformer une approche musicale brute en une identité forte. Après deux premiers EP explorant ce qu’ils aimaient baptiser « Britainicana » — une synthèse audacieuse entre racines country et indie-rock nerveux —, le groupe franchit un cap décisif avec son premier album, It Goes On.

Ce disque agit comme un véritable récit initiatique. On y sent une confiance décuplée, une aisance renouvelée à naviguer entre des influences variées pour servir un propos toujours plus affirmé. Dès l’ouverture, « Kick Stones (The Boys) » évoque l’héritage du Velvet Underground, tout en sculptant une mélodie plus acérée et un crescendo fiévreux. Dans un registre différent, « Paperchains » s’approprie des arpèges guillerets dignes de Vampire Weekend pour dynamiser un morceau oscillant entre mélancolie et urgence.

Pourtant, derrière cette énergie pop et cette apparente légèreté, It Goes On dissimule une anxiété sourde. Les thématiques abordées reflètent les tourments d’une génération confrontée à un monde en mutation, où l’âge adulte ressemble moins à une destination qu’à un poids quotidien. Sur le sublime et triste « Coyote », les voix tremblantes d’Aoife O’Connell et Reuben Haycocks soulignent le paradoxe de notre époque : ce besoin constant de consommer et d’immortaliser la beauté, quitte à la détruire à chaque pas.

Le morceau central, « Worried Age », illustre cette tension avec une acuité particulière. Sur une rythmique percutante et des guitares virevoltantes, Haycocks y décrit l’immobilité forcée, ce sentiment de paralysie face à une angoisse existentielle omniprésente. Les harmonies travaillées du groupe servent ici de catharsis : on tambourine plus fort, on gratte plus intensément, comme pour briser le mur invisible de la panique.

La réussite de cet album tient également à sa production. En collaboration avec Loren Humphrey, Westside Cowboy a fait le choix d’un son « mis à nu », privilégiant la spontanéité d’une alchimie live plutôt que les artifices de studio. Il se dégage de ces pistes une sensation brute, héritée de leurs premières années à rôder sur scène, où chaque morceau était conçu pour capter l’énergie immédiate devant un public.

It Goes On est un disque honnête, porté par un groupe qui ne cherche pas à se cacher derrière les effets, préférant miser sur la force brute de ses compositions. Une première œuvre marquante qui prouve que Westside Cowboy a trouvé son langage : un indie-rock organique, intelligent, et résolument vivant.

Last modified: 31 août, 2026
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