« La nature de l’enregistrement multipiste est quelque chose de très mystique pour moi. Vous empilez des moments qui peuvent avoir lieu à des heures ou des années d’intervalle. Un ami peut être parti, mais dans le cadre d’une session multipiste, vous jouez à nouveau avec lui. » Ces mots, prononcés par Robert Schneider (The Apples in Stereo) au sujet du collectif Elephant 6, trouvent une résonance particulièrement poignante avec la sortie de The Same Place, le troisième et ultime album de The Olivia Tremor Control.
Après une gestation longue de plus d’une décennie, cet opus se révèle autant comme une exploration des limites de la console huit pistes que comme une méditation psychédélique profonde sur la condition humaine et la finitude.
L’album s’ouvre sur une vision cyclique et quasi zen du temps : « You’ve been there long ago / And you’ve been there seconds ago / You’re about there / You’ll be there / You might never be there / You’ll always be there. » Ce questionnement métaphysique pose les bases d’une œuvre qui refuse les résolutions simples, préférant cultiver cette ambiguïté onirique qui a toujours fait le sel de la musique du groupe. À l’opposé, le disque s’achève sur une note de tendresse face à l’impermanence : « Oh little wonder / Don’t ever leave here / This is the place where you belong / And don’t you worry about tomorrow / We will sing the sweeter song. »
L’histoire derrière ce disque est indissociable de la mélancolie qui s’en dégage. La trajectoire de The Same Place a été marquée par les tragédies qui ont frappé le cœur créatif du groupe. Une grande partie des pistes a été enregistrée entre 2010 et 2012, période marquée par le décès soudain de Bill Doss, co-leader du projet, quelques jours après un concert mémorable à Athens, en Géorgie. Plus récemment, alors que les premiers extraits de cet ultime album étaient dévoilés, Will Cullen Hart, l’autre pilier central de la formation, s’est éteint après un long combat contre la sclérose en plaques.
Les touches finales apportées par les membres survivants et les collaborateurs du groupe font de cet album un témoignage bouleversant. The Same Place n’est pas qu’une simple collection de chansons : c’est l’aboutissement d’un travail d’orfèvre, une capsule temporelle où le temps se suspend. En écoutant ces titres, on ne peut s’empêcher de ressentir cette étrange magie décrite par Schneider : l’illusion, rendue possible par la bande magnétique, que le temps n’a pas d’emprise et que, le temps d’un disque, les compagnons de route sont à nouveau réunis pour chanter.
Plus qu’un chant du cygne, il s’agit d’une œuvre complexe, mystérieuse et profondément humaine, qui offre à The Olivia Tremor Control une sortie à la hauteur de leur héritage immense sur la scène psychédélique contemporaine.
Last modified: 29 octobre, 2026












