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Hovvdy : Big World, l’élégance mélancolique du slowcore en pleine expansion

Depuis leur formation en 2014, Charlie Martin et Will Taylor, piliers du duo Hovvdy, n’ont cessé de sculpter une identité sonore unique, passant du slowcore originel à une indie pop décontractée aussi subtile que raffinée. Si leur précédent album éponyme, vaste double disque publié en 2024, explorait la générosité des arrangements et les vertiges des grands tournants existentiels, leur sixième opus, Big World, opère un changement de direction fascinant.

Ici, le duo texan choisit de ralentir le tempo et d’épurer la forme. En privilégiant des durées plus courtes et une écriture volontairement plus ambiguë, Hovvdy s’affranchit du poids des attentes pour embrasser une forme de légèreté bienvenue. C’est le disque de l’apaisement, là où l’incertitude de l’avenir ne génère plus d’anxiété, mais devient une source de soulagement quasi salvatrice.

Ce nouvel état d’esprit est sans doute le fruit de leur récente installation à Nashville. Désormais installés avec leurs jeunes familles et ancrés dans une carrière de compositeurs professionnels, Martin et Taylor portent un regard neuf sur leur parcours. Sur le très séduisant « Way Down », Will Taylor chante ainsi avec une autodérision lucide : « Graduated from a punk to a hack / Can’t speak on that ». Cette volonté de ne plus s’enfermer dans des récits trop explicites s’explique également par leur méthode de travail : laisser la priorité aux compositions instrumentales pour ensuite laisser place à une narration spontanée, presque improvisée en studio.

La production, confiée à leur fidèle collaborateur Bennett Littlejohn, apporte une chaleur organique qui sublime l’écriture aiguisée des deux musiciens. Chaque morceau gagne en impact par sa concision. Pensez au morceau « JJ », nouvelle pierre ajoutée à leur galerie de portraits, où Martin livre un message d’une tendresse pudique à un être cher. L’émotion y est palpable, mais toujours tempérée par une coda ensoleillée aux accents de banjo, évitant ainsi le piège du sentimentalisme excessif. Sur « You Will Go Far », c’est la peur de voir les trajectoires de vie s’éloigner qui est traitée avec beaucoup de finesse, transformant des observations banales en réflexions douces-amères sur le passage à l’âge adulte.

Au cœur de Big World se dessine une quête sincère de transformation personnelle : comment devenir un meilleur partenaire, un père plus présent, un ami plus attentif ? Hovvdy aborde ces thématiques avec une honnêteté désarmante, acceptant leurs failles sans jamais verser dans l’apitoiement. Sur la ballade « What I Had », teintée d’influences R&B et d’harmonica, Taylor explore la difficulté de ne pas prendre ses proches pour acquis. À l’inverse, le single « Try Try Try » témoigne d’une nouvelle résilience, presque enjouée : lorsque Taylor lance avec assurance « If you wanna sock it to me / I can take a punch », on devine un musicien prêt à affronter toutes les leçons de la vie avec cran.

Big World est une réussite marquante : un album qui prouve qu’il n’est jamais trop tard pour se réinventer, sans rien perdre de son âme. Hovvdy nous livre ici une œuvre apaisée, mature et profondément humaine.

Last modified: 21 août, 2026
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