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Helen : l’immersion électrique et tourmentée de Linda’s Head

Il aura fallu près d’une décennie pour que le trio shoegaze Helen ne sorte de son silence, un retour qui confirme une évolution fascinante dans l’art de Liz Harris. Après le fracas tellurique de The Original Faces, paru en 2015, le groupe revient avec Linda’s Head, un second opus qui marque un virage stylistique aussi surprenant que bienvenu.

Dead shark II (vidéo YouTube)

Si l’on connaît Liz Harris pour les méandres hypnotiques de son projet solo Grouper — où les voix s’effacent souvent derrière des atmosphères éthérées — Linda’s Head prend le contre-pied complet de cette approche. Ici, la verve est directe, presque percutante. Harris délaisse les abstractions sonores pour des couplets incisifs, devenus de véritables talismans que l’on rumine longtemps après l’écoute. Sur « Starline », par exemple, la déclaration « I like it / And I want this » s’impose par son évidence pop, loin des textures vaporeuses auxquelles l’artiste nous avait habitués.

Le trio, complété par l’assise rythmique inébranlable de Scott Simmons (basse) et Jed Bindeman (batterie), a intelligemment inversé sa stratégie de production. Là où le premier album noyait la voix dans un torrent de guitares et de distorsions, Linda’s Head laisse respirer ses compositions. L’auditeur y gagne en clarté, tout en conservant ce fog caractéristique, nourri par les influences respectives des membres, de la brume du Pacific Northwest aux expérimentations électriques du Lavender Flu ou d’Eternal Tapestry.

L’album tout entier semble dirigé vers le firmament. C’est une œuvre habitée par le ciel, les orages et l’immensité des horizons. Sur le galopant « endless Sky », la voix de Harris se déploie en couches aériennes sur une ligne de basse marécageuse et hypnotique. Le morceau « darkblue » navigue, quant à lui, entre une quiétude brumeuse et une puissance tellurique contenue, tandis que « Dead shark II » affiche une énergie vive, évoquant la vigueur mélodique des grands classiques du genre, étirée à travers un littoral infini.

Le point d’orgue est atteint avec « Canyon », une piste de plus de huit minutes qui résume parfaitement l’intention du disque. Entre les roulements de batterie et l’intégration subtile de samples d’orages, le morceau brouille la frontière entre la mécanique sonore et les éléments naturels.

Linda’s Head est une réussite marquante : un disque qui parvient à concilier l’introspection habituelle du trio avec une nouvelle forme d’immédiateté. Une invitation à lever les yeux vers le ciel, portée par une plume plus accessible mais toujours aussi profondément habitée.

Last modified: 8 octobre, 2026
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