Avec Herzsprung, son deuxième album studio, Gustav Berntsen — plus connu sous le nom de GB — confirme son ascension fulgurante au sein de la scène art-rock de Copenhague. Si son premier essai, Gusse Music, explorait avec malice les collisions entre post-punk et collage électronique, ce nouveau chapitre marque un tournant vers une sophistication mélodique et technique remarquable.
Désormais épaulé par un groupe complet, GB a choisi d’enregistrer Herzsprung en prise directe, sur bande magnétique, au cœur d’un studio isolé en Suède. Ce choix de production confère à l’ensemble une matière organique, une densité acoustique qui n’altère jamais la légèreté et l’effervescence des compositions. Là où ses précédentes expérimentations pouvaient parfois revendiquer un amateurisme volontaire, Herzsprung affiche une maturité impressionnante, puisant avec justesse dans l’acid-folk et le jazz-fusion des années 1970 pour les réinjecter dans un rock progressif moderne.
L’ouverture de l’album, « Adrenaline », est à ce titre une démonstration de force. Le morceau s’articule autour de riffs de guitare nerveux qui s’épanouissent sur une rythmique cinétique. Très vite, la voix de Berntsen dialogue avec un arrangement de cordes luxuriant, tandis qu’une ligne de basse fretless vient apporter une souplesse jazz-fusion inattendue. On y décèle l’héritage technique d’un Jaco Pastorius ou la rigueur atmosphérique des productions ECM, le tout teinté d’une psychédélisme sombre qui rappelle davantage l’intensité brute de formations comme Boris ou Les Rallizes Dénudés que les canons folk classiques.
L’intérêt majeur de cet opus réside dans sa capacité à ancrer une érudition musicale complexe — allant du minimalisme de Steve Reich à la virtuosité électrique — dans une forme pop accessible et chaleureuse. GB réussit le tour de force de faire cohabiter des influences savantes avec une fraîcheur immédiate. Chaque titre semble habité, le fruit d’une collaboration où la technique pure est au service d’une intuition mélodique sans cesse renouvelée.
Herzsprung n’est pas seulement le prolongement naturel d’une trajectoire artistique déjà riche ; c’est un disque qui s’impose par sa précision et son élégance. En redéfinissant les contours de l’art-rock moderne, GB livre ici un album qui paraît aussi exigeant sur le fond que simple dans son exécution, confirmant son statut d’artiste incontournable de la scène scandinave actuelle.
Last modified: 21 août, 2026












