Dans l’effervescence créative actuelle, où la légèreté et l’imprévisible reprennent leurs droits sur nos quotidiens, le quintet originaire d’Eau Claire, Gash, nous livre une proposition singulière avec son quatrième album, at least you know what you’re laughing at. Loin des structures conventionnelles, ce disque s’est construit au gré d’impulsions spontanées, jetées d’abord en vrac sur un Google Drive avant d’être sculptées pour devenir cette mosaïque de huit morceaux, tour à tour éthérés, explosifs et tranchants.

L’album illustre une forme de liberté artistique rare : celle qui accepte le risque, qui suit des rubans de mélodies sans savoir où ils mènent, et qui reste ouverte à l’inattendu. Le groupe excelle ici dans l’art de l’échantillonnage façon “art-house”, où chaque ligne mélodique finit par s’entrecroiser pour définir une atmosphère immersive, qu’elle soit nostalgique, onirique ou déstabilisante.
Le titre d’ouverture, « good and bad », est un exemple magistral de cette architecture sonore. Introduit par le sample d’un animateur de télévision, le morceau se déploie dans une fluidité fascinante. La guitare acoustique de Logan Nyberg et les claviers feutrés s’entremêlent au murmure haletant de Breckelle Bathke, tandis que la rythmique saccadée d’Eric Simmons et les nappes de basse massives d’Eric Christenson apportent une profondeur saisissante. C’est une mécanique de précision, semblable à un mille-pattes dont chaque patte s’agite avec une justesse quasi hypnotique. Chaque ajout instrumental semble nerveux pris isolément, mais s’intègre à un mouvement d’ensemble d’une cohérence redoutable.
Si les précédentes productions de Gash privilégiaient une certaine lourdeur brute, portée par des murs de guitares saturées, at least you know what you’re laughing at déplace le curseur vers la richesse des arrangements contemporains. L’intensité ne vient plus du volume, mais de la densité des textures. Prenez « data master » : le morceau superpose un beat trip-hop, des boucles vocales murmurées et le grain granuleux d’échantillons audio saturés pour un résultat complexe et addictif. Sur « professional », c’est une ligne de guitare presque maniaque qui finit par trouver son équilibre grâce à une basse roulante et des bourdonnements lointains, aussi mystérieux qu’intrigants.
Plus on écoute, plus l’album se dévoile. C’est une œuvre qui demande de l’attention, mais qui récompense chaque immersion par de nouvelles découvertes sonores. Gash signe ici un disque audacieux, un collage audacieux qui prouve que lorsqu’on laisse libre cours à sa curiosité, le résultat gagne en caractère ce qu’il perd en retenue.
Last modified: 13 octobre, 2026












