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Renny Conti : Split Second, l’urgence brute du rock pur infusée d’une précision chirurgicale.

Il y a des albums qui s’écoutent, et d’autres qui s’habitent. Split Second, le nouveau projet de Renny Conti, appartient indéniablement à cette seconde catégorie. Construit comme une succession de souvenirs brumeux, ce disque nous plonge dans un état de semi-conscience, une traversée onirique où les contours de la réalité semblent se liquéfier.

Renny Conti - Split Second (Official Audio) (vidéo YouTube)

Pourtant, au cœur de cette atmosphère éthérée, une fulgurance surgit. Dans les dernières mesures de « San Francisco, 2005 », les batteries et les guitares slide se figent soudain pour laisser place à une confession brute : « Prospect Park / I’m sitting up straight / With the knowing posture of a monk / It’s May of 2024, and I am writing to get myself out of a death-induced funk. » Cet instant de clarté, presque monacal, ancre l’auditeur dans le présent. C’est le moment où Renny Conti cesse de flotter pour regarder son propre chagrin en face.

Split Second est né dans le sillage de la perte de son frère aîné, Andrew, avec qui il partageait une vie dédiée à la musique. Si le précédent album de Conti posait déjà les bases de cette introspection, ce nouvel opus en explore la texture même : le deuil, souvent décrite comme une onde de choc sourde plutôt que comme une douleur aiguë. Le disque capture à merveille cette torpeur, cette sensation de fatigue extrême où le poids des paupières devient métaphorique.

Musicalement, l’album cultive un minimalisme poignant. La voix est une confidence, une fragilité maintenue au bord du souffle, tandis que les arpèges de guitare acoustique sont joués avec une lenteur telle que chaque note semble peser le poids d’un souvenir. Sur le morceau-titre qui ouvre la marche, Conti pose avec justesse le climat du disque : « Stuck between the world and something magic / Stuck between the dream and something fabric. »

Cette zone grise, entre le rêve et la matière, est parfaitement explorée sur le single « Mona Lisa ». Le murmure de Conti s’y fait plus incisif, oscillant entre des images disparates — un citron tranché au couteau, une ville en ruines — qui déstabilisent autant qu’elles fascinent. Quant au morceau « Leaving the Zoo », il illustre admirablement cette dynamique émotionnelle : soutenu par des violons lents et des répétitions presque hypnotiques, il s’autorise une soudaine explosion de guitare fuzz avant de replonger, avec une mélancolie apaisée, dans sa torpeur initiale.

Split Second est une œuvre intime et courageuse. Renny Conti y réussit une prouesse rare : transformer la confusion du deuil en un pur moment de poésie folk, où chaque silence est aussi éloquent que les mots. Une écoute nécessaire pour quiconque cherche une musique qui ne se contente pas de raconter, mais qui ressent.

Last modified: 20 octobre, 2026
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