Written by 10h00 Chroniques

The Drin : l’odyssée lo-fi hypnotique sur « I Lost My Way for Centuries »

Il y a, dans le patronyme de Dylan McCartney, quelque chose qui résonne comme une collision fortuite entre deux monuments des années 60. Pourtant, loin de toute révérence rétro, le projet qu’il porte, The Drin, déploie un psych-rock industriel et sinistre qui puise sa force dans une dialectique complexe : McCartney est tour à tour le conteur désabusé observant la cruauté du monde et l’alchimiste de studio cherchant à le transcender.

Depuis sa première cassette, enregistrée durant l’été 2020, The Drin s’est imposé comme une figure de proue de la scène de Cincinnati — une sorte de version “Rust Belt” du Brian Jonestown Massacre. La prolificité de McCartney, couplée à ses engagements au sein de groupes comme The Serfs ou Crime of Passing, témoigne d’une exigence artistique constante. Le groupe revisite les pères fondateurs, du rock kosmiche au post-punk, en passant par le dub et le néofolk, pour injecter dans ces influences un malaise contemporain : ici, la nostalgie sert de porte d’entrée à la dystopie.

Avec I Lost My Way for Centuries, McCartney signe un double album d’une ampleur inédite. Vingt-trois titres, soixante-quinze minutes, et pourtant, pas une once de superflu. L’ensemble évite les errances expérimentales gratuites pour se concentrer sur l’art de la composition compacte. Si la superposition sonore reste la marque de fabrique du musicien, la production gagne en clarté organique. Fini le recours systématique aux textures lo-fi brumeuses ; le groupe tisse désormais des ambiances à l’aide d’une instrumentation riche : guitares, cuivres, percussions et même bouzouki.

La force de The Drin réside dans sa capacité à changer de peau sans jamais perdre son identité. Qu’ils explorent le folk médiéval (…And They All Strummed), le garage rock primaire (Cannery Action), les envolées harmonica façon Neil Young (Moths to the Light) ou le krautrock motorik (The Cell), la voix de McCartney fait office de colonne vertébrale. Son chant, à mi-chemin entre le parlé-chanté et l’ennui lancinant, impose une présence immédiate.

Au milieu de cette alchimie, c’est le saxophoniste Eric Dietrich qui s’impose comme l’atout maître. Loin de jouer la carte du chaos, il intervient avec une subtilité redoutable, faisant muter l’ADN des morceaux de l’intérieur. Sur The Sky Has Lost the Smile, il propulse une rythmique swamp-rock vers des hauteurs éthérées. Quant au morceau Prophets of Doom, ses lignes mélodiques hypnotiques transforment radicalement l’énergie du titre, précipitant McCartney dans une stature de rock-star habitée. Lorsqu’il finit par scander « It’s not a mistake / I was born too late / It’s just my fate », on croirait entendre un écho aux heures les plus intenses du rock britannique des années 90.

I Lost My Way for Centuries est une œuvre dense, une invitation immersive dans l’univers d’un musicien qui n’a pas fini de réinventer ses propres racines. Un disque nécessaire, à la fois sombre et terriblement vivant.

Last modified: 22 septembre, 2026
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