Second Song est une expérience hypnotique. C’est précisément là que réside ce don unique de Neil Young, cette force insaisissable qu’aucun imitateur ne pourra jamais capturer. On peut copier son timbre traînant, sa méthode d’enregistrement brute, ses accords en drop-D ou ses solos minimalistes hérités d’une urgence viscérale, mais personne ne possède cette capacité à invoquer un état de rêve automnal, granuleux et suspendu, avec une telle économie de moyens. Pour la première fois depuis Psychedelic Pill en 2012, Young semble savourer ce pouvoir, offrant avec son cinquantième album studio une douceur teintée d’une mélancolie sereine, singulière dans sa discographie prolifique.
Alors que les dernières productions de l’artiste, portées par son projet d’archives tentaculaire, semblaient parfois documenter des humeurs passagères plutôt que des œuvres définitives, Second Song surprend par sa cohérence. Le contexte de sa création — où Young craignait initialement de manquer de matière — a paradoxalement favorisé une forme de liberté. Le disque s’articule autour de méditations lentes, presque formelles, dont certaines dépassent la barre des dix minutes. Au piano ou à la guitare acoustique, le Loner déroule des progressions familières, évoquant ici la grâce d’un Harvest Moon, là l’atmosphère éthérée d’un Mazzy Star.
L’album trouve un équilibre fascinant en revisitant deux raretés : « Casting Me Away From You » et « I’ll Love You Forever ». Ces compositions, issues de ses jeunes années dans les années 60, apportent une lumière nouvelle. Elles rappellent la dextérité mélodique sophistiquée qui forgeait ses débuts, contrastant avec la simplicité folk dépouillée qu’il privilégie aujourd’hui. L’agilité rythmique de ces titres, où les refrains se déploient avec une fluidité naturelle, apporte une respiration bienvenue à l’ensemble.
Surtout, ce disque marque une évolution majeure dans la relation entre Neil Young et son nouveau groupe d’accompagnement, les Chrome Hearts. Si le précédent Talkin’ to the Trees donnait le sentiment d’une découverte exploratoire et parfois hésitante, Second Song témoigne d’une osmose réelle. Les musiciens ne se contentent plus de suivre ; ils écoutent. Ils naviguent avec une fragilité délicate dans les méandres de ces morceaux, transformant une session de studio potentiellement fragile en une œuvre habitée. C’est un disque qui prend son temps, une ode à la patience où chaque note semble pesée, confirmant que, même après plusieurs décennies, Neil Young continue de tracer un chemin que lui seul est capable de sillonner.
Last modified: 19 septembre, 2026












