Written by 10h00 Chroniques

Lizzy McAlpine : l’envol mélancolique d’Angel, une pépite folk-rock à fleur de peau

C’est presque une loi non écrite de l’ère post-pandémique : les nouvelles voix de l’indie-pop tendent souvent à suivre un cahier des charges précis — une introspection portée par les algorithmes, une proximité brute capturée dans l’intimité d’une chambre, et cette fragilité volontaire qui captive les réseaux sociaux. Si Lizzy McAlpine a su utiliser ces leviers pour se faire remarquer, c’est avec son quatrième album, Angel, qu’elle décide de s’affranchir de cette posture pour explorer une authenticité plus terre-à-terre.

Loin des envolées cinématographiques de ses débuts, marquées par le succès viral du titre « Ceilings », McAlpine délaisse ici les artifices de la production pop lustrée. Sur Angel, elle adopte une approche dépouillée, presque artisanale. L’auditeur n’a plus l’impression de visionner la bande originale d’un teen-movie, mais plutôt d’assister à un concert acoustique confiné, où l’artiste teste ses compositions devant un public attentif.

Ce virage artistique, amorcé dès l’album Older, s’affirme ici pleinement. Fini le son pop sophistiqué : place à une instrumentation traditionnelle, portée par des pianos délicats, des guitares aux accents twang, quelques notes d’harmonica et des mélodies sifflées. Le résultat est un dépouillement élégant, qui évoque par instants une écriture liée au théâtre musical — on sent d’ailleurs l’influence de son implication dans la comédie musicale Floyd Collins.

Le single « The Light in the Painting » résume parfaitement cette nouvelle direction : un titre porté par un orgue solennel, où McAlpine déploie sa voix veloutée pour magnifier des lieux et des instants sacrés. Ailleurs, sur des titres comme « A car wash and a new pair of pants », elle infuse une énergie folksy entraînante, mêlant cuivres, percussions et bongos pour illustrer ce renouveau qui suit inévitablement les ruptures.

Mais là où Lizzy McAlpine excelle, c’est dans sa capacité à cristalliser les détails domestiques du quotidien pour les transformer en épopées sentimentales. Elle observe le monde par le petit bout de la lorgnette : le tapotement des doigts d’un être aimé sur le morceau titre « Angel », le rituel simple de couper un fruit dans « Peach », ou encore l’observation silencieuse de l’autre au téléphone dans « I Have a Friend ».

Avec Angel, l’autrice-compositrice ne cherche pas le grandiloquent, mais le vrai. Elle nous propose des textes qui invitent à la rêverie, comme lorsqu’elle chante : « There is no room / Without your voice to fill it / My mouth is just a straight line / Without your lips to kiss it. » Une déclaration qui résume bien l’essence de ce disque : un album fait de langueur, de désir et de cette poésie du quotidien qui, entre ses mains, devient universelle.

Last modified: 18 septembre, 2026
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