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Curbside Lambsear : l’élégance viscérale d’un EP qui pèse lourd sur la scène rock actuelle.

Il y a des noms de groupes qui accrochent l’oreille autant par leur sonorité que par leur mystère, et Curbside Lambsear en fait indiscutablement partie. Né d’une photographie végétale capturée au détour d’une rue, le nom lui-même possède cette texture particulière, une gymnastique linguistique qui prépare idéalement l’auditeur à l’univers singulier du duo formé par Magdalena McLean et Annabelle Mödlinger. Avec leur premier EP, Put Rings on All My Fingers to Weigh Down My Hands, les deux musiciennes autrichiennes — transfuges de la scène londonienne et membres respectives de The Umlauts et Caroline — signent une œuvre aussi cérébrale qu’envoûtante.

Si l’on devait qualifier leur approche de l’écriture, le terme « wordsy » conviendrait bien mieux que « bavard ». Ici, les paroles ne sont pas des récits linéaires, mais des pièces d’un puzzle sonore où chaque syllabe est sculptée pour sa musicalité. En collaborant étroitement sur le phrasé, McLean et Mödlinger traitent la voix comme un instrument à part entière, un élément textural qui s’imbrique dans la structure rythmique de chaque morceau. Lorsqu’elles entonnent, comme sur l’un des passages marquants du disque, que les mots ne suffisent pas à faire tenir le monde dans le creux de la main, c’est toute la beauté mélancolique et abstraite de l’EP qui se cristallise.

L’esthétique globale de Put Rings on All My Fingers to Weigh Down My Hands rappelle la capacité de certains artistes, à l’instar de Mica Levi ou Tirzah, à extraire des grooves saisissants au cœur d’environnements sonores austères. Sous l’impulsion de la batterie de Jasper Llewellyn (Caroline), présent sur quatre des cinq titres, l’EP gagne une dimension organique et tendue. Sa percussion, parfois improvisée et dense, tire le projet hors des sentiers battus de la pop pastorale pour le propulser vers des zones plus radicales.

Sur des titres comme « Avril », les cymbale dissonantes et le bruit industriel servent de décor à une répétition hypnotique, transformant le langage en pure impulsion sonore. Ailleurs, sur « Uneasy », le duo joue sur le contraste entre des voix douces, presque enfantines, et une production dub délabrée, prouvant leur maîtrise du clair-obscur. Sur « Jjochstubn », la tension est palpable, transformant chaque écoute en une expérience viscérale qui semble autant vibrer sous la peau que dans l’air ambiant.

Ce premier EP est une réussite de design sonore. En renonçant à la narration traditionnelle au profit d’une approche hypnotique et cérébrale, Curbside Lambsear parvient à créer un environnement dense, où le bruit et la mélodie dansent de concert. Put Rings on All My Fingers to Weigh Down My Hands est une œuvre qui ne cherche pas à être comprise, mais à être ressentie, une invitation à se laisser submerger par des paysages sonores aussi exigeants que gratifiants.

Last modified: 17 septembre, 2026
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