Written by 10h00 Chroniques

Mac DeMarco : l’épure mélancolique au fil des ondes, entre lo-fi rêveur et errance solitaire.

Il y a, chez Mac DeMarco, cette désinvolture légendaire qui le pousse à sourire face caméra tout en fouillant ses archives infinies de démos, de mémos vocaux et de beats jetés à la hâte. Lorsqu’il en extrait un échantillon au hasard – généralement une pièce de funk-rock léger, infusée de cette pop japonaise qu’il affectionne tant – il rit, qualifiant le tout de “juste des ordures”. Pourtant, quand on plonge dans ses quatre récentes sorties surprises, on saisit que ce qu’il qualifie de rebut cache, en réalité, une démarche artistique bien plus profonde qu’il n’y paraît.

À l’inverse de l’immense One Wayne G (2023) et de son approche délibérément informe, ces quatre nouveaux disques – Dog on the Rock, Seven Off the Two, Seaplane Dog et The View from Tian Tan – témoignent d’une volonté de curation. Chaque album, dont la longueur oscille entre 24 et 41 minutes, semble obéir à une logique interne, une cohérence invisible tissée par le temps et l’humeur de l’instant.

C’est Seven Off the Two qui, de cet ensemble, s’impose avec le plus d’insistance. Enregistré aux alentours de Thanksgiving 2025 comme pour capturer une parenthèse figée dans le temps, il s’ouvre sur un solo de batterie qui occupe à lui seul le tiers de l’album. On pourrait y voir un simple exercice de style, une indulgence propre à l’artiste, ou une version personnelle et dépouillée des grandes expérimentations rythmiques du passé. Pourtant, ce morceau inaugural se révèle être l’une des pièces les plus audacieuses et exigeantes de sa discographie. Comme le magnifique cerf ornant la pochette de l’album, cette musique semble indomptée, étrangère aux attentes du formatage radio, presque sauvage.

Face à ces “bundles” de chansons à l’allure de journaux de bord, l’auditeur est confronté à un dilemme : faut-il y chercher une intention cachée ou simplement se laisser porter par la légèreté de l’objet ? Il est des moments, avec DeMarco, où l’on hésite à y voir une simple accumulation de chutes de studio ou, au contraire, une offrande brute, presque sacrée.

Il est tentant de vouloir rationaliser son processus créatif, de chercher un sens profond là où l’artiste ne propose qu’une intuition. Mais c’est précisément là que réside le charme de ces quatre disques. Ils fonctionnent comme des bouquets d’idées fragmentaires, des instantanés d’une créativité qui refuse de se figer. Qu’il s’agisse de l’exploration atmosphérique de The View from Tian Tan ou de l’énergie brute de Dog on the Rock et Seaplane Dog, ces albums nous rappellent que le silence ou le chaos, entre les mains d’un songwritter aussi instinctif, ont autant de valeur que les mélodies travaillées.

En fin de compte, ces sorties nous invitent à une écoute de confiance. Plutôt que de rejeter ces ébauches au nom d’un perfectionnisme austère, il vaut mieux se laisser bercer par cette « mer » de sonorités, et accepter que, parfois, le génie de DeMarco ne réside pas dans la finition, mais dans la sincérité du geste.

Last modified: 12 septembre, 2026
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