Written by 10h00 Chroniques

Russian Circles : Nine, l’immersion instrumentale totale dans le clair-obscur post-metal.

Depuis plus de deux décennies, Russian Circles prouve que le riff peut se suffire à lui-même pour raconter une histoire. Pionniers de l’instrumental métallique, le trio a su explorer diverses facettes sonores, oscillant entre les textures éthérées du post-rock et l’épure radicale d’arrangements misant tout sur la puissance brute. Avec Nine, leur neuvième album, le groupe livre sans doute l’une de ses œuvres les plus denses et les plus agressives à ce jour.

Le ton est donné dès les premières mesures. Sur « Empath », deuxième piste de l’album, les riffs s’entrechoquent avec une influence palpable de death et de thrash metal, culminant vers une coda percutante, digne d’un breakdown de hardcore pur jus. Mike Sullivan, guitariste du groupe, ne s’en cache pas : l’écriture de cet album est irriguée par le son de légendes comme Bolt Thrower, Cannibal Corpse ou Morbid Angel, sans oublier l’énergie brute de la scène hardcore actuelle. Cette influence transpire avec force dans le rythme galopant de « Borehole », le groove caverneux de « Meridian » ou les syncopes impitoyables de « Seventh Seal ». Si les étiquettes « post-metal » ou « instru-metal » permettent de situer le trio, elles peinent à rendre compte de l’éthique quasi punk qui anime Russian Circles : une approche directe, sans détour, qui place l’intensité au-dessus de tout.

Ce regain de nervosité coïncide avec le retour du bassiste Brian Cook au sein de Botch. Ce passage par les racines du mathcore n’est sans doute pas étranger à la férocité de Nine. Pour capturer cette énergie, le groupe a une nouvelle fois fait appel à Kurt Ballou derrière la console. Son style de production, brut et sans artifice, se marie à la perfection avec la volonté du groupe d’être en mode attaque permanente. Enregistré au mythique studio Electrical Audio, l’album semble porter en lui l’héritage sonore de Steve Albini, avec des textures tranchantes qui viennent gratter les tempes.

Pourtant, Nine ne se résume pas à une succession de mosh-parts. La subtilité demeure une arme maîtresse : les nappes de synthés hypnotiques de Brian Cook sur « Eluvial » et « E2 » convoquent l’héritage du rock progressif des années 70, tandis que « Arletta » offre une parenthèse de guitare acoustique bienvenue. À l’image des intros classiques de Metallica, ces moments de calme ne servent qu’à rendre les explosions de distorsion qui suivent encore plus dévastatrices.

Vingt ans après leurs débuts, Russian Circles affiche une constance remarquable. Ils ne se contentent pas de jouer ensemble ; ils interagissent avec la précision de comédiens interprétant une pièce dramatique. Chaque composition est une narration sans mot, où les transitions sont fluides, imprévisibles, et chargées d’une tension psychologique constante. Lorsque résonnent les premières mesures de « Seventh Seal », portées par une batterie bulldozer et des guitares à la puissance évocatrice d’un Mastodon au sommet de sa forme, toute la tension accumulée sur l’album trouve son exutoire final. Nine n’est pas seulement une réussite technique ; c’est un disque puissant, viscéral, qui confirme une fois de plus la place à part de Russian Circles dans le paysage musical actuel.

Last modified: 11 septembre, 2026
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