Si l’on vous a déjà conseillé de « trouver le rythme » pour lâcher prise sur une piste de danse, il est fort probable que vous ayez cherché une boussole sonore. Pour tous ceux qui hésitent encore à se lancer, le trio de Chicago Plum propose cette année l’antidote parfait avec Bodies in Motion. Ce deuxième album n’est pas seulement un disque, c’est une invitation irrésistible au mouvement, une leçon magistrale où la musique suffit à elle seule à dicter la marche à suivre : dansez, et le plaisir suivra.
Dès le titre phare « Anxiety », le ton est donné : un post-punk teinté de new-wave si cinétique qu’il transforme chaque mouvement — qu’il soit fluide ou nerveux — en une évidence. Plum maîtrise l’art de l’urgence maîtrisée. Heather Perry à la basse, Eric Ridder à la batterie et Jeff Kelley à la guitare forment une machine organique où chaque fragment sonore semble bondir. On perçoit dans leur jeu un côté acidulé et déstructuré : la basse de Perry saute avec une précision bondissante, les cymbales de Ridder semblent prêtes à s’échapper de leurs supports, tandis que les riffs de Kelley découpent l’espace en lignes sinueuses et ponctuations électriques.
Plus qu’une simple esthétique vintage, cet album est profondément ancré dans une fibre funk contagieuse. La section rythmique, véritable colonne vertébrale du groupe, installe des grooves si solides qu’ils imposent une pulsation irrépressible. Que ce soit sur le ludique « Can Jam », aux faux airs de publicité déjantée, ou sur les mélodies en apesanteur de « Memory », le trio maintient une tension jubilatoire qui refuse de retomber.
Le concept de liberté par le mouvement atteint son paroxysme sur le morceau-titre. Plum y imagine une fin du monde bien particulière : loin des scénarios apocalyptiques habituels, la fin viendrait d’une fréquence électronique forçant chacun à danser jusqu’à l’épuisement. C’est une vision presque cinématographique, débordante d’une énergie brute, où l’urgence du temps qui passe se transforme en une célébration extatique.
À travers tout l’album, Plum décore ses compositions avec l’insouciance d’une fête que rien ne saurait arrêter. On retrouve l’énergie communicative des Talking Heads sur « Obscurity », où les vocalises de Kelley rappellent le charisme fiévreux de David Byrne, ou encore l’excentricité maîtrisée des B-52’s sur « Club Scum », titre sur lequel Perry brille par ses falsettos et sa capacité à sculpter un espace sonore parfait pour une danse angulaire.
Même l’ennui est une cible facile pour le trio. Sur « Asymmetric », alors que le texte confie une sensation de stagnation, la musique vient infirmer le propos : les lignes de basse incisives et les frappes sèches sur les toms finissent par briser la torpeur, rappelant à l’auditeur qu’il reste le seul architecte de son propre divertissement.
Bodies in Motion réussit l’exploit de transformer l’anxiété en électricité. Plum livre ici un disque libérateur, une œuvre généreuse qui nous rappelle que, face à l’immobilité du monde, il reste une chose simple et essentielle à faire : bouger.
Last modified: 27 août, 2026












