Avec Still Coming Down, son sixième album, Wild Pink poursuit son exploration singulière d’un rock américain ancré dans le réel, loin des grands mythes galvaudés. John Ross confirme ici son talent unique pour assembler les débris de notre culture commune, avec une justesse qui oscille sans cesse entre esprit facétieux et candeur désarmante.
L’écriture de Ross possède cette capacité rare à nous rendre familiers des détails anodins. On se souvient avec fascination de sa manière, sur le précédent opus Dulling the Horns, d’évoquer l’Amérique de 2003 en une succession de flashes triviaux — des freedom fries jusqu’aux transferts de franchises de baseball — comme s’il s’agissait d’un mémo nécessaire pour ordonner ses propres souvenirs. Sur ce nouveau disque, cette plume reste intacte, littéraire et concise. Il puise sa force dans l’observation des rapports humains les plus simples : sur le titre éponyme, une scène aussi banale qu’une priorité refusée en voiture ne devient pas le prétexte à une introspection nombriliste, mais le point de départ d’une réflexion lumineuse sur la bienveillance d’autrui.
Enregistré au studio Drop of Sun à Asheville sous la houlette d’Alex Farrar (producteur de Bleeds), l’album bénéficie d’un casting cinq étoiles. La présence de collaborateurs fidèles comme Meg Duffy, Dan Keegan, ainsi que les interventions de MJ Lenderman, Xandy Chelmis et Landon George, enrichit considérablement la palette sonore du groupe.
Si l’ensemble se montre moins immédiat que ses prédécesseurs, Still Coming Down se découvre par petites touches, révélant une richesse harmonique insoupçonnée. On y croise la mélancolie d’une pedal steel, des incursions instrumentales rappelant parfois l’élégance pop de Vampire Weekend sur “Like Water”, ou encore ce riff de clarinette irrésistible sur “Dead for a Sec”. Les fondations restent pourtant solidement ancrées dans l’ADN de Wild Pink : une esthétique évoquant le souffle épique de The War on Drugs, mais où chaque guitare serait saturée jusqu’à la lie.
La force de John Ross réside dans sa discrétion. Sa voix, mixée en retrait, et ses solos – brefs, précis, d’une grande économie de moyens comme sur “Round of Applause at the End of the World” – prouvent qu’il n’est pas nécessaire de chercher la lumière pour marquer les esprits. Wild Pink ne cherche jamais la catharsis facile du rock pour stades ; préférant les montées en tension chaleureuses aux explosions orchestrales, le groupe prouve, une fois de plus, que les œuvres les plus poignantes naissent souvent en marge, à l’écart du tumulte.
Last modified: 27 août, 2026












