Il se sera fait attendre ce nouvel album de Zenit ! Cinq longues années séparent « Surrender » de son prédécesseur « Pravritti ». Rappelons pour info que ce groupe suisse a été fondé en 1998 par le bassiste Andy Thommen après son départ de Clepsydra (l’une des meilleures formations de rock progressif helvète dont on est sans nouvelle d’ailleurs). Alors « Surrender » marque plusieurs changements. Tout d’abord, on constate l’arrivée d’un nouveau guitariste en la personne de Luigi Biamino en lieu et place de Frank Di Sessa au sein de la formation. Ensuite côté production, celle-ci, avouons-le, est bien supérieure à celle de « Pravritti ». Zenit a en effet fait appel à Etienne Bron, responsable du mixage des trois premiers opus de Clepsydra, et le résultat est bel et bien à la hauteur des espérances. Ce qui, bien évidemment, rend justice au talent de ces musiciens. « Surrender » est constitué de trois gros « morceaux »; « Yin And Yang », « New1c » et « Surrender », chacun de ces titres dépassant allégrement les dix minutes, et de pièces, plus concises, carrément guillerettes ! Les trois compositions épiques sont à peu près issues du même moule et d’un niveau égal, chacune comportant une longue séquence instrumentale; Andy Thommen fait résonner sa basse fretless sur « Yin And Yang » tandis que Gigio Pedruzzi nous rappelle que jouer de la batterie est tout un art sur les autres. Ce musicien m’assoie tant son jeu est riche et intelligent. Chapeau Mr Gigio Pedruzzi ! Toujours sur ces trois même titres, l’influence de Genesis (époque Gabriel) transparaît presque de façon flagrante. Certains passages n’auraient pas fait tâche sur « The Lamb Lies Down On Broadway ». Le chant théâtral de Lorenzo Sonognini y est également pour beaucoup, ses intonations peuvent rappeler le Gab, idem pour les parties de claviers (Ivo Bernasconi) qui rendent grâce à nos souvenirs nostalgiques. Cela dit, Zenit ne plagie pas, ces influences sont parfaitement digérées et restituées avec modernisme. Viennent ensuite, les compos plus courtes, toujours dynamiques et entraînantes comme « The City » (excellent !), « The Cathedral » et les « chinoiseries » de « I Ching ». A son rock progressif, Zenit ajoute des sonorités de saxophone, de flûte et de violoncelle. L’ensemble est très coloré. Globalement, « Surrender » joue la carte de la diversité sans s’ancrer dans un style en particulier, que ce soit le prog et la pop (sophistiquée), le groupe offre le visage d’une formation qui prend réellement du plaisir à jouer et qui fait clairement passer le message. Il va sans dire que ce nouvel album marque une nouvelle étape dans la carrière de Zenit. Une excellente surprise !!! (8/10)
David SORTIE : Disponible sur le site du groupe ou chez Progfactory.
Interview de Zenit : (Interview réalisée en mai 2006)

Cinq années séparent « Surrender » de « Pravritti », peux-tu nous dire ce que vous avez fait durant tout ce lapse de temps ? Andy Thommen : …quelques concerts, cherché un nouveau guitariste, un concert avec le nouveau guitariste, mise à jour le nombre d’enfants des membres du groupe (nous en sommes à 12 enfants pour 5 musiciens !). …ah, oui, j’ai oublié : nous avons aussi travaillé sur « Surrender » ! Hormis le fait que vous ayez un nouveau guitariste, on constate que, malgré le temps qui passe, Zenit reste une formation stable… Qu’est-ce qui vous soude, vous unit, à ce point ? Lorenzo Sonognini : Surtout la joie de jouer et le respect réciproque. On discute sans trop de « poils sur la langue » mais on se respecte : c’est une question d’harmonie et de bonne entente.
Andy Thommen : Tu sais, nous sommes tous trop vieux pour trouver un nouveau groupe, alors on essaye d’être toujours d’accord..
Ivo Bernasconi : “La vieille poule fait du bon bouillon” (proverbe populaire italien) Pourrais-tu nous présenter « Surrender » ? Quels thèmes abordez-vous dans vos chansons ? Lorenzo Sonognini : En général et surtout en ce qui concerne mes textes, on parle de l’expérience et de l’évolution que la vie nous fait suivre. Si on regarde le début de « Yin & Yang » on voit un père qui regarde son fils et il se demande s’il faut le protéger à tout prix envers les mauvaises expériences de la vie ou s’il faut le laisser libre de faire des erreurs et, par conséquent, de faire ses propres expériences et apprendre (« every shadow needs a light »). Dans « The City » on voit une personne qui reste déçue, mais qui apprend une leçon de vie. Dans « Surrender », enfin on voit une personne qui se rend compte qu’il ne faut pas lutter contre la vie mais s’y abandonner (« Surrender »). On a aussi une citation de Paulo Coelho et de son Alchimiste (la légende personnelle). Les autres textes traitent d’autres thèmes ; « Devil’s Siesta » nous rappelle que le bien ne peut exister sans le mal, « I Ching » nous dit que la vie peut-être une folie complète (en citant Sri Aurobindo), « The Cathedral » nous parle de l’aliénation de l’être humain dans notre époque commerciale, « New1C » parle d’un fil rouge qui connecte tout et tous. En effets l’influence orientale est présente, surtout avec Ivo et moi. Côté textes, vous avez abandonné l’italien, pourquoi ? Lorenzo Sonognini : La possible réponse est que c’est dû à une volonté de cohérence. Le choix mixte du premier album aurait pu être un peu désorientant. En ce qui me concerne, je trouve que l’influence de Genesis transparaît beaucoup plus qu’à travers « Pravritti »…. Est-ce intentionnel ou bien totalement inconscient ? C’est aussi sans doute la raison pour laquelle je trouve que « Surrender » sonne moins « latin » que « Pravritti », qu’en pensez-vous ? Lorenzo Sonognini : Genesis fait partie de notre ADN musicalà tous, et donc c’est clair que cela transparait. Mais nous ne cherchons aucune similitude : c’est le résultat d’une métabolisation naturelle avec des centaines d’autres influences.
Ivo Bernasconi : La structure portante de certains morceaux a été conçue il y a pas mal d’années lorsque Genesis étaient clairement un point de référence et de stimulation pour ceux qui s’intéresse au prog, et on le sent dans quelques parties de nos compositions. En tout cas, le disque bénéficie d’une belle production… Lorenzo Sonognini : On n’a rien voulu négliger. Surtout au niveau de la production, on a cherché l’aide de Etienne Bron, qui avait déjà soigné la production des trois premiers albums de Clepsydra. Nous sommes très content de son travail.
Ivo Bernasconi : En outre, il a été fondamental de pouvoir enregistrer sans les limites de temps qu’un studio impose ; nous avons ainsi pu vérifier beaucoup de choses avant d’arriver au mixage final. Vous avez apporté un soin particulier au digipack… C’est là un bon argument de vente, non ? Lorenzo Sonognini : pour la couverture nous avons une fois encore utilisé, comme pour le premier album, les très belles peintures de Raffaello Ossola, tout en confiant le graphisme définitif à Sandor Kwiatkowsky. Du résultat, nous sommes très fier.
Ivo Bernasconi : De la période des LP je regrette les couvertures qui étaient, dans certains cas, des oeuvres d’art. Malgré le format réduit du CD, dans le limite du possible nous avons essayé d’arriver à un résultat qui puisse tenir la comparaison. Cinq ans après, quel regard portez-vous sur « Pravritti » votre premier album ? Lorenzo Sonognini : « Pravritti » signifie « évolution dans l’action » et avec « Surrender » on a voulu suivre ce concept : donc « Pravritti » c’est la base qui nous a permis de produire « Surrender », lequel nous permettra de produire le troisième album etc.
Ivo Bernasconi : Le groupe s’est formé pour arriver à produire un CD, ce qui se concrétisa avec « Pravritti ». Le but a été atteint, avec un résultat qui substantiellement me satisfait encore beaucoup. Avez-vous déjà des retours sur « Surrender » ? Andy Thommen : Au Brésil, nous avons été « Album & Band of the month » en avril, les « Babyblaue Seiten » en Allemagne nous a fait une très belle chronique, dont l’essentiel c’est « …si vous voulez savoir dans quelle direction le prog va aller dans le futur, jetez-y une écoute ! ». Le « iO Pages » en Hollande nous a déclaré « album recommandé du mois »… En effet nous sommes fières du résultat et des premières chroniques. Zenit est surtout un groupe de scène, vous aimez jouer live, ça se sent dans votre musique mais arrivez-vous à trouver des dates en dehors de la Suisse ? Andy Thommen : c’est intéressant… différents morceaux de « Surrender » ont été joué sur scène des années avant même l’enregistrement de l’album. Je suis content que cela puisse s’entendre. Et oui, nous aimons jouer sur scène, mais, comme toujours, c’est difficile d’organiser des dates en dehors de la Suisse sans aide sur place. Tu ne connais pas quelqu’un en France par hasard ?… Peux-tu nous parler de cette structure qui vous soutient, SHK Productions… Andy Thommen : SHK Productions SA est une maison de production spécialisée dans le rock progressif fondée en janvier 2006 par Paolo Scandella de Shakary. Le but de SHK est d’aider les groupes de rock progressif à publier leurs oeuvres en les aidant surtout sur le plan financier et de l’organisation. C’est-à-dire que SHK va payer les frais d’enregistrement, de mixage, de production et de graphisme, va s’occuper de la distribution et du marketing du produit. Dans un cas meilleur, l’artiste ne risque pas un seul sou ! En plus SHK a un réseau de distribution qui devient plus grand de mois en mois. Quels sont vos projets maintenant ? Lorenzo Sonognini : On est en train de jeter les bases pour le troisième album. Je profite de t’avoir sous la main pour te demander des nouvelles de Shakary (je sais que tu es resté en contact avec Lele Hofmann)… Andy Thommen : Oui, c’est correct, je suis toujours en contact avec Lele. Shakary va publier une sorte de compilation des premiers deux albums, dont le premier était un double, concentré dans deux CDs, les voix ont été complètement réenregistrées par Noel McCalla, différentes parties de Lele ont été re-édités, et comme special guests on trouvera la participation de Arjen Lucassen et de Steve Rothery à la guitare. La batterie de Walter Calloni reste comme à l’origine, et le tout va être re-mixé et re-masterisé. En plus, Lele et Scandy sont en train de travailler sur le nouvel album studio « Forgotten Promises ». Le reste est encore « top secret » ! As-tu encore des contacts avec Clepsydra ? Andy Thommen : très peu de contact. Je sais, au travers de SHK Productions, qu’un triple « Best Of » avec du matériel non publié avant va sortir, mais c’est tout. Quelques fois on se voit avec Pietro Duca et sa famille, surtout pour les enfants, mais aussi parce que Pietro est en train d’enregistrer des pistes de batterie pour un projet personnel que j’ai commencé au début de l’année. Je te laisse le mot de la fin… Andy Thommen : Je voudrais dire que le 7 octobre nous allons jouer à Montreux au « Montreux Prog Nights » (http://187(web.arcmpn.bleublog.ch). C’est la date la plus proche de la France pour le moment ! Merci de tout !

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.