The Head and The Heart est le premier album de Deadbird, un groupe originaire de l’Arkansas, qui mutile ses diverses influences (Lynyrd Skynyrd, Eyehategod, Neurosis, Pantagram) pour obtenir ce qu’ils appellent eux-mêmes « un doom épique du sud des Etats-Unis ». Si vous ne connaissez pas l’Arkansas, c’est un trou béant rempli de plaines, de collines et d’ennui, juste au nord de la Louisiane. Donc techniquement, le sud des Etats-Unis. Un Etat qui n’a pas produit énormément de musique mémorable, et encore moins de métal dont on ait entendu parler en France. Le seul qui sauvait sa réputation jusqu’ici était Rwake, un bulldozer doom qui commence à se faire un nom outre manche. Aujourd’hui on peut rajouter à cette petite liste le nom de Deadbird.

Chuck Schlaaf, le guitariste de Deadbird a participé au premier album de Rwake « Hell is a door to the sun » en 2002. Il est parti avec son frère pour aller travailler sur son propre groupe en 2003. Aujourd’hui, quand on baignait encore dans l’atmosphère monstrueuse du second Rwake (« If you walk before you crawl, you crawl before you die »), on reçoit cette claque monumentale dans la geule. DEADBIRD LIVES ! Et c’est évident, après une écoute prolongée de The Head and The Heart, qu’ils ont retenu quelques leçons des années passées avec les furieux Rwake.
Comment obtenir ce son, cette atmosphère si particulière, macérée dans le whisky et qui pue les fins d’après midis à proximité du marécage ?

Leçon numéro 1 : traîner le plus souvent possible dans les bas-fonds de Baton Rouge et de la Nouvelle-Orléans (« See you in the Hot Country »). C’est pas loin de l’Arkansas natal, et on y puise toute l’inspiration nécessaire pour vomir un doom sale, brutale, fier de son extrême mélancolie qui a fait la renommé de Rwake, entre autres, et que Deadbird a repris en y ajoutant quelques touches personnelles.
La gratte, ici, est pâteuse et monumentale sans jamais être monotone. En gros, le son typique du doom sudiste, mais mis au service de compositions qui privilégient autant les passages calmes que les envolées sauvages.
Ainsi, plusieurs titres (Rorschack Sky, Mt. Zero is burning) se transforment, après des débuts classiques, en de véritables incantations lugubres. Les cordes se font acoustiques et les cris se transforment en chant aux accents religieux.

Leçon numéro 2 : boire beaucoup, beaucoup, énormément de whisky (dixit Mike Williams de Eyehategod) pour avoir ce teint de voix guttural, marque de fabrique du métal sudiste. Comme une tondeuse à gazon dans la gorge qui cracherait des réverbérations électroniques, sans même avoir à se forcer. Dans ce quatuor, il n’y a que le bassiste qui ne chante pas. Et comme tous les mecs ont des voix qui ressemblent beaucoup à celles de Steve Von Till et Scott Kelly (Neurosis), le résultat est très réussi.
A certains moments on jurerait que les Neurosistes ont apporté leur pierre à l’édifice de Deadbird. Les canons à la fin de 1332, immense titre, font immédiatement penser à Falling Unknown sur A sun that Never Sets. Mais aucune trace d’eux dans les notes ou les remerciements. Donc ça doit bien être les mecs de Deadbird. Wow.

Le fait est qu’il est rare qu’un groupe soit aussi convaincant dès son premier album. J’ai le pressentiment que The Head and The Heart est un « grower », un disque qu’on apprécie de plus en plus au fil des écoutes. Y’a-t-il une vie, pour ce disque après l’énorme première impression qu’il laisse ? Une idée qui reste à vérifier.
Une chose est sûre, l’avenir de Deadbird sera glorieux s’ils continuent sur cette voie radieusement mélancolique.

1 Sadness Distilled
2 Rorschack Sky
3 Mount Zero (Is Burning)
4 1332
5 Illuminate the Decay
6 Eclipse of the Rye
7 See You in the Hot Country
8 The Head and the Heart

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