Pour sa cinquième réalisation, Sylvan propose un concept album et lorsque l’on sait que ce groupe allemand excelle plus particulièrement dans les longs morceaux, on ne pouvait que se réjouir d’avance ! « Posthumous Silence » se révèle être une œuvre ambitieuse qui, au delà de ses 70 minutes, synthétise à la perfection la finesse d’écriture du combo et son art de l’arrangement (et c’est peu de le dire). De l’introduction orchestrale de « Eternity ends » jusqu’à l’utilisation de cordes ou de samples au sein de nombreux titres, Sylvan met tout en œuvre pour catalyser l’émotion. Et de l’émotion, cet album en regorge. Il faut dire que le thème (un père de famille découvre la vie de sa fille disparue au travers de son journal intime) et son développement sont particulièrement poignants. Soulignons une fois encore, l’impressionnante performance vocale de Marco Glühmann qui fait qu’ici tout prend une autre dimension notamment sur les séquences où il est accompagné d’un seul piano. Alors certes, on peut mettre l’accent sur certains titres tels que « In chains », « Pane of truth » ou bien encore sur les sublimes « Message from the past » et « Posthumous silence » mais il faut voir ce disque comme un tout, la notion de concept prend ici sa pleine expression. Avec « Posthumous Silence », Sylvan franchit un nouveau cap dans sa carrière et cet album est d’une telle envergure qu’il s’affranchit de toutes barrières. Bref, nous voici en présence d’un petit chef-d’œuvre qui, à l’instar d’un « Brave » (Marillion), donne ses lettres de noblesse au progressif moderne. Merveilleux ! (9,5/10)
David

SORTIE : Déjà dans les bacs.


Interview de Marco GLÜHMANN (chant) :

(Interview réalisée en mai 2006)

Sylvan est enfin de retour avec « Posthumous Silence », son premier concept album en presque dix ans de carrière, comment vous sentez-vous à quelques jours de sa sortie ?

Nous sommes heureux et fiers d’avoir enfin achever un travail aussi long qu’exigeant tant au niveau des textes que de « la mise en forme musicale ». Les toutes premières réactions plutôt enthousiastes nous donnent confiance en l’avenir de cet album. Dans la mesure aussi où il s’agit d’un concept-album, l’interactivité avec le public est d’autant plus importante : nous sommes impatients de savoir ce qui a plus et peut-être déplu.

Pourrais-tu nous présenter ce disque ? Quel en est le thème central ?

Il s’agit d’un père qui retrouve le journal intime tenu par sa fille alors disparue. A la lecture de celui-ci, il comprend enfin les incertitudes, interrogations et peurs existentielles de la jeune fille et qui sont finalement celles de beaucoup d’entre nous, d’où une première interactivité.
L’auditeur de l’album, de même qu’il pourra se reconnaître dans la description de certains errements psychologiques, entamera un parcours similaire à celui du père quand à la compréhension des évènements qui ont poussé la jeune femme à prendre une décision aussi ultime que définitive. Autre interactivité plus narrative peut-être.
Modestement, l’album s’est élaboré autour de trois axes : narratif, quasi-métaphysique et bien sûr musical. Cela laisse ainsi au public la possibilité d’interprétations personnelles et multiples.

Est-il plus difficile de composer dans l’optique d’un concept que dans un contexte plus « classique » ?

Ce qui est le plus difficile c’est de lier de manière cohérente les trois niveaux évoqués ci-dessus: unir le contenu musical au contenu textuel tout en ayant l’exigence d’une portée autre que narrative et musicale.

Il y a des cordes sur cet album, avez-vous fait appel à des musiciens classiques ou bien avez-vous utiliser des échantillonnages ?

L’un et l’autre. L’intimité créé par le violoncelle nous a permis de mettre en exergue des émotions très différentes de celles portées par le chœur sur le premier titre où il s’agissait d’interpréter le texte de façon plus violente. L’emploi d’échantillonnages répondait au même souci d’amplitude du son.

Alors bien évidemment, comme tout concept album, il est bien difficile d’extraire un titre en particulier, pourtant « Pane Of Truth » semble se détacher du reste, non pas parce que c’est le morceau le plus long mais parce que c’est, à mon sens, le plus beau.

« Pane of truth » dans la mesure où il symbolise un temps fort de l’histoire de la jeune fille se devait, musicalement, d’incarner ce moment particulièrement sensible. Cependant, sur un album concept, il est difficile d’extraire des morceaux particuliers car l’objectif est de réaliser un tout le plus cohérent et homogène possible.

Alors que vous sortiez pratiquement un disque au rythme d’un tous les deux ans, vous vous apprêtez à sortir cette année deux albums coup sur coup (« Posthumous Silence » et « Presets »), pour quelle raison ?

Pour la première et peut-être la dernière fois tant le travail exigé est important, nous avons voulu explorer les influences musicales de chacun d’entre nous pour aller au bout de démarches artistiques tout à la fois singulières et complémentaires : d’un côté un album très symphonique, plutôt conceptuel, vaste et expressif, de l’autre côté un album plus concis aux mélodies plus entêtantes. Les deux veines du groupe sont ainsi représentées dans ces deux albums sans sacrifier pour autant à notre son d’origine. Les amateurs du groupe nous retrouveront dans les deux albums.

Pourquoi ne pas avoir attendu pour sortir un double album ? C’est le rêve de beaucoup de groupe.

Il nous semblait important de donner une unité et une force spécifique à l’univers de l’album concept excluant ainsi à ses côté tout autre travail qui aurait eu pour effet d’amoindrir la portée émotionnelle voulue.
 » Presets » est dans un autre veine : cela n’aurait pu aller ensemble.

Puisqu’on en parle, où en êtes-vous de « Presets » ? Le disque est-il déjà en boîte ? A quoi ressemblera-t-il ?

Il est presque prêt. Il manque quelques touches ici et là, les derniers détails sont souvent les plus importants, surtout lorsqu’on souhaite moderniser et travailler le son.
Disons que l’album est plus d’inspiration rock alternatif.
La sortie est prévue en octobre.

L’histoire du rock progressif est jalonnée de formidables concepts albums, je pense à « The Wall » (Pink Floyd), « The Lamb… » (Genesis), « Brave » (Marillion) etc., est-ce un passage obligé pour un groupe de prog ou bien doit-on voir là une forme d’aboutissement ?

Un chemin obligé, non. L’artiste se doit par définition de rester libre dans ces choix de composition sinon il ne s’agirait que de répondre à la simple loi du marché et de la consommation.
Cependant, c’est vrai que c’est forme d’aboutissement dans la mesure où un album comme celui-là exige une confiance absolu entre les membres du groupe, et peut-être aussi beaucoup d’inconscience !

En parlant de concepts albums, quels sont ceux qui t’ont le plus marqués ?

« The Wall » de Pink Floyd est celui qui m’a personnellement le plus marqué. Certains de mes camarades apprécient d’autres œuvres comme « Brave » de Marillion.

Alors qu’avec « Deliverance » vous proposiez un néo prog de facture somme toute assez classique, vous êtes devenus au fil des années une figure incontournable du progressif moderne au même titre qu’un groupe comme Marillion, êtes-vous conscient de cela ?

On a toujours essayé de suivre notre propre chemin en cherchant inlassablement à évoluer, à créer sans reproduire ce que nous avions déjà fait.
D’être comparé à Marillion, c’est évidemment très flatteur.

A la sortie de « Encounters » (2000), j’avais écris que tu possédais l’une des plus belles voix du prog, non seulement je le pense encore, mais je trouve qu’elle n’a cessé de s’améliorer d’album en album, travailles-tu le chant pour atteindre de tels sommets d’émotions ?

L’expérience gagnée au fur et à mesure des albums et des concerts m’a permis d’améliorer la flexibilité et la tessiture de ma voix. N’ayant jamais pris de cours de chant, je sais que j’ai une technique loin d’être parfaite. J’essaie simplement d’utiliser un organe naturellement plutôt habile pour transmettre une force émotive que j’espère au moins reconnaissable.

Quelle est ta vision du progressif en 2006 ? Ne penses-tu pas qu’il est grand temps de dépoussiérer le style comme vous le faites en le modernisant, en lui insufflant une vraie énergie, afin de lui éviter de sombrer dans les clichés ?

C’est exactement ce que nous essayons modestement de faire. Même s’il est tentant et surtout plus confortable de répéter et d’utiliser les clichés, nous préférons nous risquer sur des chemins plus modernes, quitte à désorienter quelquefois notre public.

Quels sont tes derniers achats en matière de musique ?

J’ai des goûts plutôt hétéroclites : j’aime Porcupine Tree, Marillion pour le rock progressif, mais j’adore aussi Sigur Ros, Radiohead, Sonic Youth, Portishead ou Coldplay. Je viens même d’acheter le dernier Ben Harper, bien loin de la scène progressive !

Hormis, Matthias qui joue et compose pour Rain For A Day, avez-vous des projets parallèles à Sylvan ? Est-ce une chose envisageable ?

Sébastian, notre bassiste joue également dans un autre groupe. Kay, Volker et moi-même nous n’avons pas d’autres projets, mais pourquoi pas dans l’avenir.

Vous vous apprêtez à prendre la route, dans quel état d’esprit êtes-vous actuellement ?

On est impatients de présenter notre travail en direct car c’est le contact avec le public qui permet à l’album de vivre, de vraiment exister.

Jouerez-vous l’intégralité de « Posthumous Silence » sur cette nouvelle tournée ?

Dans la plupart des concerts on jouera « Posthumous Silence » en intégralité. Certains titres des albums précédents seront aussi joués ainsi que quelques chansons de « Presets ».

A quand un DVD live de Sylvan ?

Notre premier objectif c’est de produire un CD live ce qui n’est déjà pas facile. Bien sûr nous aimerions aussi publier un DVD, mais pour le moment la promotion des deux CDs nous empêche matériellement et psychologiquement, de nous investir sur d’autres projets.

Un dernier mot pour nos lecteurs…

L’industrie de la musique est parfois si affligeante (surtout en Allemagne) qu’il est très réconfortant de constater qu’il existe encore un public exigeant et le public français est un de cela.

 

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