2OO5, et Soulfly revient pour la cinquième fois, mais la donne du jeu a changé : revenant à ses racines premières du metal, du punk, du hardcore mais aussi assumant à présent totalement son héritage de Sepultura, Max se lève, refuse et résiste avec son groupe, ses amis et ses enfants, à ses âges sombres de douleur, de morts, ses obsessions d’hier et d’aujourd’hui. Proposant à présent ce qui est probablement le meilleurs album de Soulfly en date, un mix du vieux Sepultura agrémenté d’un large parfum de tous ces récents voyages : âpre, agressif, sans pitié, ‘Dark Ages’ représente le portrait de l’homme tel qu’il est aujourd’hui : en paix avec son passé mais toujours en guerre avec le monde. Un homme véritable. Et soulfly à son max…
-Selon toi, où se situent ces ‘Ages sombres? Hier? Aujourd’hui? Demain? Sommes nous dans un âge sombre aujourd’hui?
-Max : Non, je pense que ce titre recouvre plusieurs sens, mais il représente les âges sombres pour Dana, Moses, Dimebag Darrell, décembre aussi, parce que décembre fut la période durant laquelle j’ai composé la plus grande partie de ce disque. Mais aussi, ça parle de la situation mondiale : si tu regarde la réalité en face, on est bien dans un âge sombre, avec tant de problèmes. Enfin, c’est aussi une blague, une métaphore sur le fait qu’il y ait tellement de musique pourrie et qu’on puisse donc dire que c’est un âge sombre pour la musique, dont on a besoin de sortir. C’est donc un titre aux multiples significations.

-Au point de vue des textes, ‘Dark Ages’ est donc très inspire par ces trios décès, Dana Wells, le fils de Gloria, mort en 96, Moses, le fils de Christina, et ton ami Dimebag Darrell :peut on dire que cet album est une sorte d’hommage que tu leur rend?

-Max : Oui, il y a un peu de ça, d’une certaine façon, mais il possède la même veine que ‘Soulfly I’, traversé du même esprit.

-L’album est également dédié à Dieu…

-Max : Oui, et tous les albums de Soulfly le sont, ainsi que ‘Root’s : tous les albums que j’ai fait après la naissance de mon fils Zion. Peu de gens le savent, mais il avait cette maladie très étrange, qu’il a eut lorsqu’il avait huit ou neuf mois : on l’a amené chez le médecin, qui a déclaré devoir lui ouvrir le crâne, d’une oreille à l’autre. J’ai beaucoup pleuré, je ne comprenais pas que ça puisse arriver à mon premier fils. J’ai donc fait une promesse et adressé une prière à Dieu, lui demandant de faire quelque chose pour m’aider. Un mois plus tard, le mal s’en alla, et personne ne put l’expliquer. Je suis retourné voir les médecins, mais la maladie avait disparu. Je suis devenu davantage religieux après ça. J’ai découvert quelque chose que je pouvais comprendre : je ne l’avais pas vu à la télé, personne ne m’en avait parlé, et c’est pour moi la véritable connaissance de la quête pour Dieu, j’ai vu quelque chose de vraiment incroyable, de tout mon être. Tous les albums sont dédiés à Dieu à cause de cet unique matin qui a changé ma vie.

-L’inspiration est aussi, musicalement parlant, très proche de tes racines metal et un peu moins tribal ou ethniquement orienté qu’avant, avec des éléments de hardcore, de punk, de death, de heavy metal, et des choses parfois proches de Nailbomb : un besoin de retourner à tes premiers amours ?

-Max : Eh bien, en général, les gens vieillissent et se ramollissent, moi, je deviens vieux et encore plus fou! A ma façon, tout y est très divers, ce n’est pas un disque de metal cheap, c’est très étudié : j’ai voyage et enregistré avec des gens différents, et c’est probablement plus fouillé que tout ce que j’ai pu faire, mais c’est aussi un grand retour au matériel heavy et agressif, que j’adore. J’essaie de ne pas être orthodoxe, imprévisible, mais aussi juste quelque part, pour contrebalancer, et j’ai donc pensé que Soulfly avait besoin de montrer aux gens une partie de cette face sombre, parce que jusqu’ici j’ai montré avec Soulfly beaucoup de l’autre côté, ce qui est super et que j’adore, mais je possède ces éléments en moi, puissamment agressifs et qui sont peut être ce que je peux réellement faire de mieux : quand j’expérimente avec du reggae, avec de la world music, ça ressemble plus à un bœuf et on doit faire mieux que moi ailleurs ! Mais quand je fais un morceau de trash ou de hardcore traditionnel, je pense pas mal m’en sortir et j’adore faire ça. J’adore Nailbomb et les vieux morceaux de Sepultura et j’adore les inclure au sein de Soulfly, parce que ça représente aussi de grands moments pour les fans.

-Avec le recul, comment vois tu Nailbomb aujourd’hui? N’as tu jamais été tenté de renouveler l’expérience

-Max : Non, c’est terminé, et le DVD représente la dernière chose que l’on a fait. Je pense que c’est super de finir comme ça c’est un super concert. Je ne pensais pas qu’il en sortirait un DVD, je ne savais pas que nous avions ces images, et lorsque j’ai su que Roadrunner les avait, j’en était très heureux, parce que pratiquement personne dans le monde n’avait vu ce concert

et c’était une bonne chose que cela se fasse. Nailbomb était quelque chose d’unique de part les différences d’horizons de ses membres, cette atmosphère de jam session, de projet punk énervé : sur le DVD, on ne parle même pas au public, la seule chose que je dis c’est :’ Salut la Hollande, nous sommes Nailbomb !’et ensuite, c’est morceau après morceau, sans parole et presque hostiles, ce qui est terrible, mais cool en même temps, je pense ! Je n’ai jamais vu un autre groupe faire ça : tous ceux que j’ai vu, même Slayer ou Sick Of It All sympathise avec le public, mais le public avec Nailbomb n’avait rien d’amical, plutôt mal à l’aise. Je me souviens que, à la fin du concert, les gens étaient mal à l’aise dans les backstages et il régnait une vibration étrange, personne ne voulait parler et tout le monde voulait fiche le camp, à cause de cette vibration ! C’était Nailbomb. Un projet tout à fait special. Mais je crois qu’Alex est vraiment comme ça, ils n’aiment pas faire des concerts ni tourner. Il m’a dit un jour qu’il n’aimait pas le bruit que faisais la foule, alors je lui ai répondu qu’il allait en baver s’il était dans un groupe, et il m’a dit qu’il n’y serait pas pour très longtemps, qu’il s’en irait et ne jouerait plus live, qu’il bosserait plutôt en studio, ce qu’il fait aujourd’hui. Quand les gens me demandent si on ne ferait pas un autre album, je répond que c’est impossible, je ne le ferias pas ni même ne contacterait les autres, parce que c’est très bien comme ça, un objet de culte. Nailbomb doit rester quelque chose de très spécial, très brutal, énervé et unique.

-Un morceau comme ‘Frontline’ est ouvertement politique, et rappelle certains morceaux comme ‘Refuse/Resist’ ou ‘Arise’…

-Max : Oui, ‘Frontline’ parle en fait de Bush, c’est facile à voir, mais au delà de Bush, ça parle de tous les présidents qui possèdent ce pouvoir d’envoyer les gens à la guerre tout en n’y allant pas eux-mêmes, en n’étant jamais blessé, même pour une égratignure. J’ai pensé que

it was a good concept for ‘Frontline’ : J’en ai rien à foutre, t’en as rien à foutre, on en a rien à foutre, pour moi c’est ce que Bush pense réellement, il s’en contrefiche d’expédier ces jeunes mourir en Irak, parce que je pense que ses priorités sont le pétrole et l’argent, plus importants que la vie humaine. En cela, ‘Frontline’ est très proche de ‘Refuse/resist’, que j’adore toujours jouer, parce que je pense que les fans l’aiment aussi, qu’ils veulent entendre ce genre de trucs.

Lorsque ‘Refuse/ resist’ et ‘Territory’ sont sortis, ils étaient assez uniques dans leur genre : Metallica à ce moment là avait cessé d’aborder des sujets aussi durs et Slayer s’était tourney vers le Diable, ce qui est cool aussi, mais aucun n’avait plus vraiment à voir avec le hardcore, Discharge, Dead Kennedys que j’adorais, et c’est une bonne chose que de les voir revenir pour Dark Ages. ‘Babylon’, le premier morceau, est bâti là dessus.

-Dark Ages a été enregistré en Russie, en Turquie et en France : comment as tu choisi ces endroits?

-Max : J’ai enregistré en France avec Stéphane, de DubPhonic, parce que j’avais particulièrement aimé l’enregistrement, très live en studio, que nous avions fait pour Soulfly 3, très mélodique et très cool, alors j’ai discuté avec le label et demandé à Stéphane de venir et enregistrer Soulfly 5, ici, à Paris. Ca sonne terrible, la guitare acoustique est superbe, et je suis très heureux de pouvoir enregistrer en France. C’est la première fois que ça se produit, mais je crois que je vais développer cette idée de plus en plus avec Soulfly de ne pas se contenter d’enregistrer dans un seul pays, mais dans plusieurs. Je pense que c’est le résultat de l’influence de la world music : Peter Gabriel et ce genre de personnes, quand tu regardes les crédits sur leurs disques, enregistrent dans parfois dix studios différents, et c’est dur parce que c’est très cher d’aller dans tous ses endroits. Mais, petit à petit, plus j’acquière de popularité,

Plus je met de l’argent dans ce que je crois : pour moi, il vaut mieux dépenser de l’argent pour venir ici, à Paris, ou en Russie, et mettre ça sur disque, parce qu’un disque dure éternellement. Dans dix ans, je regarderai en arrière et penserait que la meilleure à faire était d’enregistrer comme ça, parce que la signification en sera encore plus grande dans dix ans que maintenant. J’aime penser à des choses comme ça à ce moment là, et c’était la même chose pour ‘Roots’ qui sonnait comme l’album d’une tribu brésilienne, exotique et différent, mais tout le monde en est content aujourd’hui, surtout le label qui ne voulait pas dépenser beaucoup d’argent sur un morceau qui n’était pas fait pour passer à la radio mais plutôt un truc complètement barré

parce que c’est un instrumental, un morceau obscure, et je me rappelle même qu’ils ont dit qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on voulait faire ça, et maintenant, dix ans plus tard, ça se révèle être une des choses les plus cools que l’on ait fait. J’aime bien voir les choses comme ça, sur le long terme, plus que sur l’instant présent.

-Michael Whelan a realise la pochette de l’album, comme Il l’avait fait auparavant pour ‘Roots’, ‘Arise’, et ‘Chaos A.D’) : comment êtes vous venus à retravailler ensemble ?

-Max : Oui, il a fait aussi ‘Beneath the remains’. J’ai toujours aimé ces pochettes. Celle de ‘Dark ages’ est donc du même artiste que celles de Sepultura, mais je pense que celle là fait davantage ressortir une vibration de Soulfly dans la forme, les cornes, les pointes, alors que celles de Sepultura étaient plus colorées, rouges, bleues, tandis que ‘Dark ages’ est très noir et blanc, plus comme les pochettes de hardcore. C’est très direct et très puissant à la fois : écoute la musique et regarde les dessins, ça colle parfaitement ensemble.

-Vingt ans après ta première demo, ’Bestial Devastation’, comment juges tu ta carrière? Est elle conforme à tes attentes ?

-Max : Ca a été plutôt différent de ce à quoi je m’attendais, mais c’est la vie : honnêtement, je ne pensais pas que cette période passerait par autant de tragédies, c’est dur et triste, mais d’un autre côté c’est comme ça que la musique a pris tant d’importance dans ma vie. J’ai démarré

Sepultura pour le fun mais aussi avec cette colère qu’amène la pauvreté, et la seule chose que j’avais m’inspirant pour écrire des textes était la mort de mon père. On a donc fait notre chemin avec Sepultura et les tragédies ont continue d’affluer, d’abord Dana, puis notre split. Ce fut différent, mais je pense qu’avec la tragédie, bizarrement, tu peux faire de la musique, et peut être que si je n’avais pas traverse toutes ces épreuves, tout aurait été complètement différent, et la musique ne serait pas si importante pour moi, ce serait juste un boulot, avec l’argent qu’il rapporte. Soulfly est spécialement cher à mon cœur, mais Sepultura aussi : je suis déchiré entre les deux, je les aime tous les deux, mais j’adore ce que je vis à présent. J’ai trente six ans et je fais ce que j’aime faire: je réalise mes rêves d’enfant en faisant de la musique !

-Cette année, c’est l’année du Brésil en France : mais quand viendras tu nous rendre visite?

-Max : En début d’année prochaine, début janvier, je pense…

Propos recueillis à Paris, le 22 août 2OO5.

Merci à Carine et Laure, de Roadrunner France, pour leur aide.

 

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