« Absence of war doesn’t mean peace », c’est sous ce titre cruellement prémonitoire que déboule le nouvel album du gang de Mika Luttinen : relativement court, énergique, celui-ci frappe de prime abord par sa production puissante, son mix efficace et sa pochette à l’esthétisme recherché. Changement de personnel, changement de studio, l’après « Nihil » nous fait découvrir un groupe en pleine santé, plus que jamais prêt à foutre le feu, à présent qu’il en a véritablement les moyens techniques, hargneux comme toujours mais où l’on découvre un Impaled insoupçonné, celui de la mélodie, qu’il a appris, comme l’homme avec le feu, à dompter pour s’en servir à bon escient. Car Impaled n’est pas devenu un boys band ou un orchestre de mariachis, que les choses soient bien claires, et sonores, dans vos esprits. Dix ans après «Tol cormpt norz norz norz« , l’occasion idéale pour faire le poing sur le passé, le présent et le futur.
Une chose est sure : Mika n’a pas ajouté une seule goutte d’eau dans sa vodka. « Fuck off and die !… »

 

 

-Nous sommes donc ici pour parler de ce nouvel album, « Absence of war doesn’t mean peace » : son titre est vraiment prémonitoire si l’on considère les évènements survenus depuis le 11 septembre : signifie-t-il que l’on doit toujours se tenir prêts pour une éventuelle catastrophe ?
-M : Je crois que ce qui est arrivé aux USA et ce qui se passe en ce moment prouve bien que l’on ne sait jamais qu’est ce qui peut bien nous arriver en ce monde. Cela montre complètement ce de quoi les humains sont capables, c’est à dire de n’avoir absolument aucun respect pour quoique ce soit, et, même si ces gens s’en défendent, ils n’obéissent à aucune règle. De toutes façons, il y a toujours quelqu’un qui surgit pour les transgresser et causer un chaos total et l’anarchie. C’est effrayant : que va-t-il sortir de tout ça ? Ca peut mener à une nouvelle guerre mondiale. Le titre de l’album avait déjà été choisi en mai 2000, et, maintenant que c’est arrivé, ça nous a laissé sur le cul : je suis le Nostradamus du metal !

-On est jamais, semble-t-il, au dessus de la vérité en matière d’horreur stupide, mais on dit juste que ce sont des choses qui arrivent !

-M : Ce sont des choses qui arrivent, exactement ! Naturellement, il s’agit d’une pure coïncidence.

-Si je te dis que c’est ton meilleur album à ce jour, qu’en penses tu?

-M : J’approuve, bien sur, mais tout le monde dis ça, notre nouvel album est le meilleur, mais là, je le pense vraiment, parce qu’on a bossé dessus comme des bêtes, on a jamais autant répété depuis que je suis revenu en Finlande cet été et que nous sommes enfin à nouveau un groupe, pas des gens vivant en Belgique et se déplaçant pour enregistrer. Nous nous sommes revus juste deux semaines avant d’entrer en studio et nous avons répété deux fois par semaines pendant un an, puis cinq heures par jour tous les jours, alors… Je pense que ça s’entend, on a vachement progressé et c’est moi qui le dit, mais je suis très fier du résultat : c’est notre septième album, une progression qui va avec le temps !

-Ce LP est bien plus mélodique que ses prédécesseurs, il est doté d’une superbe production et l’on assiste à

l’émergence de morceaux plus « climatiques », comme « Never forgive », par exemple : est ce là une nouvelle direction pour le groupe ou juste quelque chose de ponctuel ?

-MRT : C’est arrivé comme ça, on ne s’est pas dit: « Ok, faisons un album plus mélodique», on a commencé à écrire et ça a fini de cette manière, et je pense que l’une des raisons est que nous sommes devenus meilleurs musiciens, et de ce fait nous comprenons mieux les éléments mélodiques et dynamiques des morceaux. Notre tournée s’est révélée un excellent processus . La plupart de nos morceaux sont rapides, et brusquement déboule« Let’s fuckin’ die »,

et les gens sont devenus dingues parce que c’est un rythme sur lequel tu peux faire du headbanging, pas seulement un truc hyper speed. Aussi, ce fut comme si, lorsqu’on construisait les morceaux, on pensait: « Ok, qu’est ce que ça va donner en live ? ». And this are songs that are made for a live situation for sure, because we did something we’ve never done before : this summer, we played some big Finnish rock festivals and we played new songs, before if was ever recorded, we were tasting them in the front of the live audience, and « The lost art of the goat sacrificing », was a song when everybody went crazy because it’s a very good heavy metal track. So when we were playing it live, we said celui là va casser la baraque !

-D’un autre côté, certaines, comme «The lost art of goat sacrificing » ou « Via Dolorosa » sont plus proches du punk rock, dans le sens où Motorhead l’est : te sens tu proches d’eux ?

-M : Je pense que ce ne sont pas du tout des chansons punk, c’est du heavy metal des années 80 ! Ie dirais qu’un morceau comme « Hardboiled and still hellbound » est proche de Motorhead, et « Prequel to bleeding » possède cette sorte de riff punk au niveau de la guitare. Tu n’es pas le seul à mentionner ces morceaux comme étant punk, rassure toi, mais pour moi il s’agit de quelque chose de totalement différent, c’est du pur heavy metal. D’un autre côté,

c’est super de voir que les gens l’interprètent différemment! Nous nous sentons très proches de Motorhead, et « Motorpenis » était une sorte d’hommage envers eux. Ils sont l ‘une des plus importantes influences pour Impaled car c’est un groupe qui a tout tenté depuis le début et le font toujours tout en n’ayant rien à battre. Lorsque je vois Motorhead live, je me dis que je voudrais fichtrement bien être comme ça à cet âge !

-Beaucoup de gens les considèrent toujours comme le lien entre punk et heavy…

-M : Oui, c’est l’un des rares groupes a avoir dépassé ces clivages, et c’est très rare. Nous avons des punks parmi nos fans, on les voit en tournée. Evidemment, on vend moins que Motorhead, c’est à plus petite échelle, mais on peut voir un parallèle entre Motorhead et nous dans ce sens.

 

-Le fait que vous collaboriez avec des gens qui ont travaillé avec Nightwish, etc. pourrait-il être mal vu par vos fans ?

-M : On voulait un bon son, et je suis en grand fan de Nightwish, Stratovarius et Children of Bodom. Je trouve que leur production est incroyable, puissante et excellente, même sur un tout petit enregistreur ! C’est ce que nous recherchions. Mikko Karmila, qui mixe aux studios Finnvox, a écouté notre musique et nous a demandé ce qu’on voulait. On a dit qu’on voulait de la puissance et il a répondu : « OK, la production sera puissante, mais aussi agressive ». Il a tout de suite compris ce dont on avait besoin et ça a été payant. Evidemment, on avait un peu peur qu’il trouve que ce qu’on faisait était de la merde ! Il est très pro et je suis sûr qu’on fera encore appel à lui.

-Pour cet LP, comme pour « Nihil » précédemment, vous abandonnez le studio Tico Tico pour Astia. Pourquoi ?

-M : C’est un autre équipement et Tico Tico n’est qu’un studio, on ne peut pas y dormir, il n’y a pas de salle de bains, il est situé dans l’un des pires endroits de Finlande, c’est plein de fachos, on veut tuer tout le monde, on s’y sent très oppressés. Tico Tico est au nord de la Finlande, Astia est à l’est, il a une grande salle de bains, on faisait des barbecues à 3 h du mat’ en été, c’était génial. Il y a aussi un énorme sauna, ce qui est très important pour les Finlandais. On peut y dormir. On pouvait travailler sans arrêt, on commençait à 3 h jusque tard dans la nuit. Tico Tico est OK parce qu’il est très bon marché, mais comparé à Astia, c’est de la merde ! Enfin, le plus important, c’est que le type d’Astia fait attention aux chansons : si on joue mal, il arrête tout et nous fait recommencer. Le mec de Tico Tico appuie juste sur le bouton, puis fume une cigarette. Il ne fait pas remarquer les erreurs, ce qui est inadmissible, parce que c’est le rôle d’un ingénieur. Tous les anciens albums d’Impaled enregistrés à Tico Tico, sont malheureusement remplis d’erreurs.

-Vous ne voulez pas les réenregistrer ?

-M : Non, je crois que c’est sans intérêt. Mais c’est pour cette raison qu’on fera un album live un jour !

 

-Cet album a été produit par Anssi Kippo (Bodom, Entwine… ). Comment l’avez-vous choisi ?

-M : Quand on a fait « Nihil », on été censés enregistrer à Tico Tico, mais il était complet, alors quand Alexi Laiho (de Children of Bodom, ndlr) était toujours avec nous, il a dit qu’on pourrait aller à Astia, où Children of Bodom avait enregistré. On a essayé et c’était tellement bien qu’on y est revenues pour cet album. Anssi Kippo est un génie dans l’enregistrement des vocaux : il voulait une copie de mes textes et, pendant que je chantais, il m’arrêtait et disait des trucs comme : « Si tu commences à chanter cette partie 5 secondes avant et que ce riff est comme ça, tu devrais chanter comme ça ». On a essayé et il avait raison, c’était beaucoup mieux. Ce type m’a aidé comme personne. Quel que soit notre prochain studio, il est possible qu’on aille à l’étranger pour le prochain album, qui sait, je vais prendre Anssi Kippo avec moi, car c’est le seul en qui j’aie confiance pour les vocaux !

-Aimeriez-vous travailler avec un certain producteur, hors de Finlande ? Peter Tagtgren… ?

-MRT : Non, je n’aime pas ce qu’il fait, je pense qu’il a ruiné Children of Bodom, leur plus grande erreur a été d’enregistrer au studio Abyss : la production est nulle ! Je trouve que toutes les productions d’Abyss ont le même son. Je préfère de loin enregistrer en Finlande. Colin Richardson a fait des albums très heavy, alors ce serait intéressant de travailler avec lui, mais on n’est pas aussi connus, alors c’est plus facile de rester en Finlande !

-Quels étaient vos groupes préférés à vos débuts et qui sont-ils maintenant ?

-MRT : Motorhead, évidemment, et Venom, Sodom, Kreator, Slayer, puis, plus tard, Napalm Death, le premier album, tous ces groupes grindcore, death metal, black metal, punk : tout ça donne Impaled.

-Quelle est la qualité la plus importante pour un groupe que vous aimez ?

-MRT : Le son et l’énergie. Les groupes que j’aime ne sont pas nécessairement les plus originaux, par exemple, je voudrais pas qu’Impaled aille dans la même direction de Mayhem, bien que leur son de batterie soit incroyable : nous ne sommes pas aussi originaux dans ce que nous faisons, mais nous le faisons bien ! J’aime les groupes énergiques. J’adore Slayer, sauf les deux derniers albums que je déteste. Mais j’aime toujours Motorhead ! J’écoute beaucoup les anciens albums. Il y a un groupe de black metal américain, « Cult of Azazel », que j’aime beaucoup, mais c’est très rare, parce qu’ils sonnent exactement comme un groupe de black metal, avec beaucoup de grindcore. Le nouveau Absu est aussi une tuerie. Et Nile, évidemment : je les ai vus live avec leur batteur original, c’était dingue ! Comment il peut être aussi rapide ? !

-Nihil a vu deux changements de line-up dans le groupe, qui a encore change depuis, mais aussi l’arrivée de sang neuf : était-ce un tournant dans l’histoire d’Impaled Nazarene ?

-MRT : Nihil était un tournant parce que nous sommes devenus plus professionnels, essentiellement grâce à Alexi Laiho, parce qu’il est si bon qu’on a dû travailler pour être à la hauteur ! La preuve qu’il est un grand artiste, c’est qu’il peut s’adapter à tous les styles : je l’ai entendu jouer de la country et c’est probablement le meilleur guitariste country que j’aie jamais entendu ! Vous n’êtes pas très doué si vous ne pouvez pas vous adapter à plusieurs styles. Ce qui signifie que je suis un chanteur merdique parce que je ne peux chanter que dans un seul style !

-Pensez-vous que vous travaillerez encore en dehors de vos engagements respectifs ?

-MRT : Je ne pense pas. Il est trop occupé et on est contents de notre nouveau guitariste. Il est bon, même s’il n’est pas Alexi Laiho, mais il s’améliore tous les jours. Il a toujours un peu peur des solos, on doit lui donner des coups de pied au cul : « Allez, sois pas un pédé, joue un solo ! »

 

-On vous voit très rarement live en Europe, à cause des problèmes que nous connaissons, surtout en France lors de la dernière tournée. Avez-vous de nouveau envie de tourner ici ?

-MRT : L’album doit d’abord sortir, puis on a déjà réservé quelques dates en Finlande. Au printemps, on voudrait faire une tournée européenne, et américaine en été, c’est encore trop tôt pour en parler, on verra bien, mais on voudrait que ce soit une très longue tournée !

-Vous êtes très fidèles à Osmose. Préférez-vous toujours rester sur un label indépendant, où vous êtes libre, plutôt que signer sur une major et vendre votre âme pour jouer dans des stades et vendre beaucoup plus de disques ?

-MRT : Je ne pense pas qu’une major voudrait de nous, on ne vend pas assez ! En janvier, on a reçu des offres de différents labels, on y a réfléchi et on envoyé un avocat, qu a dit que par rapport à l’offre d’Osmose, les autres n’étaient que des rigolos ! On s’est dit : « Avons-nous été déçus par Osmose ? Non. Ils nous ont très bien traités, nous laissent une liberté artistique totale, ils ne nous obligent pas à aller en studio. On leur a téléphoné pour dire qu’on allait enregistrer et ils ont répondu : »Ok, combien vous voulez ? » C’est une relation parfaite. Etant donné qu’on connaît Hervé (propriétaire d’Osmose) depuis si longtemps, on n’a plus besoin de parler business, on parle de sa santé, de ses gosses, des discussions normales. La plupart des groupes que je connais, qui ont signé sur d’autres labels, ne comprennent pas qu’on puisse être si amis avec notre label : eux doivent se battre sans cesse et je suis vraiment heureux qu’on ne soit pas dans leur cas. C’est pour cela que nous restons chez Osmose. Pourquoi changer une formule qui marche ?

-Après 10 ans, comment jugez-vous votre carrière, considérée comme la plus longue pour un groupe de metal extrême finlandais : êtes-vous satisfaits ? Qu’auriez-vous aimé changer ?

-M : Si je pouvais changer quelque chose, je changerais mes vocaux sur « Suomi Finland Perkele », parce que mon chat est vraiment faible, je le déteste, je ne comprend pas comment j’ai pu le laisser sortir comme ça. Mais, pour le reste, je ne voudrais rien changer parce que tout a fait partie d’un processus d’apprentissage. Evidemment, j’aimerais vendre plus d’albums, mais si ce n’est pas le cas, tant pis ! Au moins, on a pu tourner dans le monde entier, donc on vend quand même un peu !

-De quels albums êtes-vous le plus fier ?

-M : Du dernier, parce qu’on n’a jamais travaillé aussi dur, puis je dirais « Latex cult », parce que notre bassiste nous avait quittés pendant l’enregistrement, on avait un nouveau batteur et on n’avait pas répété, et c’est incroyable qu’on ait pu le sortir ! On a aussi beaucoup tourné après cet album, alors j’ai un bon souvenir de « Latex cult », j’en suis fier. Je suis fier de tous nos album, de toute façon, mais certains ne sont pas aussi bons ! Mon préféré est le dernier pour l’instant : peut-être que ce sera différent dans 6 mois. Il va sortir en digipack, environ 10 000 exemplaires, mais le plus important pour moi, c’est qu’il sortira en vinyle, parce que je les collectionne toujours. Si je pouvais, je n’achèterais que du vinyle, je le préfère nettement aux CD.

-Impaled Nazarene a connu beaucoup de changements de line-up dans son histoire : vous sentez-vous comme un capitaine dans la tempête ?

-M : Notre guitariste, Jarna, a participé à tous les albums, alors, on est deux ! Notre batteur est avec nous depuis 1995, ce qui est assez long. Je ne pense pas qu’on ait eu tellement de changements de line-up, pare que les gens semblent oublier qu’entre « Rapture » et « Nihil », il n’y a eu aucun changement, on a juste ajouté un 5e membre.

-Vous n’avez plus jamais travaillé avec votre frère (Kimmo, batterie ndlr) ?

-M : Il est dans un groupe appelé « Black league », sur Spinefarm, sous licence de Nuclear Blast. Mon frère y est batteur et le chanteur est l’ancien vocaliste de Sentenced, qui était également notre bassiste. Je n’aime pas, c’est un peu comme Monster Magnet. Si tu aimes…

-Non, je préfère Impaled !

-M : C’est exactement LA bonne réponse ! ! !

-Et ensuite ? Des projets ?

-M : Le truc habituel : donner des interviews et repartir sur la route, puis commencer à écrire le nouvel album. Mais on espère sortir un 7, avec une nouvelle chanson et une reprise, probablement en décembre ou janvier. Il ne sera vendu qu’en tournée et peut-être par Osmose par correspondance, à limité à 1000 exemplaires environ. Je vais te raconter l’histoire, tu sera le seul à la savoir, avec un magazine américain : l’attitude d’Impaled, c’est fuck off and die, parce qu’on s’en fout. Un jour, je regardais tous nos albums et j’ai vu qu’on avait fait une chanson appelée « Fuck off and die », sur la face B, on reprendra « Fuck off and die » de Venom, Voivod ou Broken Bones, alors ce sera vraiment un EP « Fuck off and die » : je crois qu’on fera passer le message !

(Propos recueillis à Paris le 18 octobre 2001)

Merci à Nicolas pour son aide efficace.

 

 

 

 

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